Crise au Mali : quel avenir pour la junte après l’offensive surprise des rebelles ?

Crise au Mali : quel avenir pour la junte militaire après l’offensive surprise des rebelles ?

Des combattants en tenue de camouflage autour d'un pick-up sur une route poussiéreuse au Mali

Une vague de violence sans précédent a secoué le Mali ces derniers jours, après une offensive coordonnée d’une ampleur inédite menée par des groupes armés dans plusieurs villes du pays. Des assaillants ont pénétré jusqu’à Bamako, la capitale, où le ministre de la Défense a été assassiné. Parallèlement, des zones entières du nord du pays, notamment la ville de Kidal, ont été prises par les rebelles. Ces événements ont immédiatement suscité des interrogations sur la stabilité du gouvernement dirigé par le colonel Assimi Goïta, au pouvoir depuis le coup d’État d’août 2020.

Les habitants de Bamako, Gao, Mopti et d’autres grandes villes se sont réveillés samedi au son des détonations et des échanges de tirs. Une coalition de deux groupes, le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement séparatiste, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, a revendiqué ces attaques. Ces événements marquent un tournant dans le conflit malien, déjà marqué par des années d’insécurité.

Pourquoi cette offensive rebelle inquiète-t-elle autant ?

L’ampleur des attaques et le retrait des forces maliennes, soutenues par des mercenaires russes, de la ville stratégique de Kidal, désormais sous contrôle du FLA, ont mis en lumière les faiblesses du gouvernement actuel. Le colonel Goïta, qui s’est rarement exprimé depuis le début de la crise, a finalement pris la parole à la télévision nationale pour tenter de rassurer la population. Il a affirmé que la situation était « sous contrôle » et promis de « neutraliser » les responsables des attaques.

Cependant, la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors de l’assaut, soulève des questions sur la capacité de l’armée à coordonner une contre-offensive efficace. Certains analystes soulignent que Camara était un pilier du régime, notamment en tant que principal interlocuteur de Moscou pour la gestion des mercenaires russes en Afrique. Sa disparition pourrait fragiliser les relations entre le Mali et la Russie, un partenariat clé depuis le départ des forces françaises en 2022.

Trois scénarios possibles pour l’avenir de la junte

Scénario 1 : la junte maintient son pouvoir et lance une contre-offensive

Les experts s’accordent à dire que c’est le scénario le plus probable à court terme. Bien que les rebelles aient pris le contrôle de plusieurs zones, le gouvernement contrôle encore les principales villes et les institutions étatiques. La réussite ou l’échec d’une contre-offensive militaire sera déterminante pour la survie de la junte.

Le colonel Goïta a tenté de montrer un visage rassurant en rencontrant l’ambassadeur russe Igor Gromyko et en se rendant dans un hôpital de Bamako pour saluer les blessés. Pourtant, la menace d’une avancée des rebelles vers le sud, notamment vers Gao et Timbuktu, reste une préoccupation majeure. Le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a clairement indiqué que la conquête de Gao et Timbuktu était une priorité pour son mouvement.

Cependant, la perte du ministre de la Défense et la fragilité des alliances militaires pourraient compliquer cette stratégie. L’armée malienne, déjà affaiblie par des années de conflit, devra faire face à un ennemi déterminé et bien organisé.

Scénario 2 : la junte reste au pouvoir avec le soutien de la Russie mais cherche de nouveaux alliés

L’échec des forces russes à protéger des villes clés et à empêcher la chute de Kidal a sérieusement ébranlé leur réputation en tant que partenaire fiable pour la sécurité au Mali. Analystes et observateurs s’accordent à dire que ce revers pourrait pousser Bamako à diversifier ses alliances militaires.

Plusieurs pistes sont évoquées : un rapprochement avec la Turquie, qui a déjà fourni des drones au Mali et formé des unités de l’armée malienne, ou une réouverture du dialogue avec les États-Unis. Ces derniers ont récemment envoyé un haut responsable du département d’État à Bamako pour exprimer leur « respect pour la souveraineté du Mali » et proposer une nouvelle dynamique dans leurs relations.

Une autre option serait un renforcement des liens avec les pays voisins, notamment le Niger et le Burkina Faso, au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ce bloc régional, composé des juntes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso, a promis son soutien à Bamako, bien que son rôle concret en tant que force de combat reste limité.

Pour la Russie, cette situation représente un test pour sa stratégie africaine. Si Moscou est perçue comme incapable de protéger ses alliés, d’autres gouvernements de la région pourraient reconsidérer leur dépendance vis-à-vis de Moscou.

Scénario 3 : la junte est renversée sous la pression des attaques

Les attaques de samedi constituent la plus grave menace à laquelle le gouvernement militaire a été confronté depuis des années. Une intensification des violences pourrait exacerber le mécontentement populaire et affaiblir davantage la junte.

Plusieurs possibilités s’offrent alors : un nouveau coup d’État mené par une faction militaire différente, ou une prise de pouvoir par une alliance entre le FLA et le JNIM. Cependant, cette dernière hypothèse soulève des questions sur la viabilité d’un tel gouvernement, étant donné les profondes différences idéologiques entre les deux groupes.

Le FLA se présente comme un mouvement nationaliste et politique, tandis que le JNIM est un groupe armé islamiste. Bien que les deux mouvements aient collaboré par le passé, notamment lors de la rébellion touarègue de 2012, leurs objectifs à long terme divergent. Un porte-parole du FLA a d’ailleurs précisé qu’il n’y avait « pas de fusion » entre les deux groupes, soulignant que le JNIM devrait renoncer à ses liens avec Al-Qaïda pour envisager une alliance.

Les analystes craignent que cette situation ne débouche sur un scénario similaire à celui de la Syrie, où un groupe autrefois affilié à Al-Qaïda a fini par prendre le pouvoir, tout en étant critiqué par des islamistes plus radicaux pour son manque de rigorisme religieux. Une telle évolution au Mali pourrait déstabiliser davantage la région et compliquer les efforts de lutte contre le terrorisme.

Conclusion : une période critique pour le Mali et la junte

Les prochains jours seront décisifs pour le Mali. La capacité de la junte à riposter efficacement, à maintenir ses alliances et à éviter une escalade du conflit déterminera non seulement son avenir, mais aussi la stabilité de toute la région du Sahel.

Les habitants du Mali, déjà éprouvés par des années de crise sécuritaire, d’instabilité politique et de difficultés économiques, attendent avec anxiété de voir comment cette crise sera résolue. Une chose est sûre : le pays se trouve à un carrefour historique, et les choix faits aujourd’hui auront des répercussions durables sur son avenir.