Crimes de l’armée malienne et des milices dozos dans la région de Ségou

Des exactions meurtrières dans le centre du Mali

Les Forces armées maliennes (FAMa) et des milices dozos, alliés à elles, ont commis des massacres dans deux localités de la région de Ségou les 2 et 13 octobre. Au moins 31 civils ont été tués, des maisons réduites en cendres, et des biens pillés lors de ces attaques ciblées.

Le 2 octobre, dans le village de Kamona, des soldats en pick-ups et véhicules blindés, accompagnés de miliciens dozos à moto, ont perpétré un véritable carnage. Selon des témoignages recueillis sur place, au moins 21 hommes ont été exécutés sommairement après avoir été accusés de soutenir le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Dix habitations ont également été incendiées. Les assaillants, reconnaissables à leurs tenues de camouflage pour les militaires et leurs amulettes traditionnelles pour les dozos, ont agi avec une brutalité sans précédent.

Un survivant a raconté : « Ceux qui n’ont pas pu fuir ont été rassemblés et abattus sans pitié. » Les corps de 17 hommes ont été retrouvés sous un arbre, tandis que quatre autres gisaient au nord du village. Tous présentaient des blessures par balles, dont certaines à la tête, signe d’exécutions à bout portant. Une liste des victimes, toutes des hommes âgés de 20 à 65 ans, a été établie par les habitants. Certains témoins évoquent même 15 disparitions supplémentaires dans la brousse, sans que leurs corps n’aient pu être récupérés.

Un climat de terreur s’installe dans les villages contrôlés par le GSIM

Le 13 octobre, c’est le village de Balle, situé à une cinquantaine de kilomètres de Kamona, qui a été frappé. Cinq pick-ups militaires et une trentaine de motos de miliciens dozos ont fait irruption dans la localité. Dix civils, dont une femme de 55 ans, ont été tués, et plus d’une centaine de têtes de bétail volées. Un homme de 33 ans a décrit l’horreur : « Les corps étaient entassés, criblés de balles, certains avec des membres fracturés. »

Les habitants de Balle subissent depuis des années la domination du GSIM. « Nous devons payer la zakat chaque année, et en cas de conflit, ce sont les djihadistes qui tranchent. Il n’y a ni soldats, ni policiers ici. L’armée nous considère tous comme des complices du GSIM », a expliqué un villageois. Cette méfiance systématique a conduit à des violences aveugles.

Un autre témoignage glaçant concerne une femme tuée après avoir osé interpeller les soldats : « Elle s’est dirigée vers eux en les accusant de maltraiter les villageois. Ils l’ont traînée vers le lieu où les hommes étaient regroupés avant de l’abattre. »

Des autorités militaires qui minimisent les faits

Le chef d’État-Major des Armées maliennes a justifié l’opération du 13 octobre par une « reconnaissance offensive » ayant « neutralisé une vingtaine de terroristes » et saisi du matériel. Pourtant, aucun affrontement n’a été signalé, et les villageois confirment l’absence de combattants du GSIM lors des attaques. Cette version officielle contraste fortement avec les récits des survivants.

Un conflit aux conséquences dramatiques pour les civils

Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise sécuritaire sans précédent, opposant les forces gouvernementales à des groupes armés islamistes. Plus de 400 000 personnes ont été déplacées, et des milliers de civils ont péri dans les violences. Les exactions documentées impliquent aussi bien les militaires que les milices alliées, ainsi que les groupes djihadistes comme le GSIM.

Les attaques récentes surviennent dans un contexte de tension accrue, le GSIM ayant lancé un siège sur Bamako depuis début septembre. Ce blocus a privé la capitale de carburant, forçant les autorités à suspendre temporairement les activités scolaires et universitaires. Le droit international humanitaire, notamment les Conventions de Genève, interdit formellement les attaques contre les civils, les exécutions sommaires et les traitements cruels.

Bien que le Mali ait quitté la Cour pénale internationale (CPI) en septembre 2025, le pays reste lié au Statut de Rome jusqu’en septembre 2026. Une enquête de la CPI sur les crimes de guerre présumés commis depuis 2012 est toujours en cours. Pourtant, l’Union africaine n’a pas pris de mesures concrètes pour endiguer la crise, se limitant à des déclarations d’inquiétude.

Appel à une enquête indépendante et impartiale

Face à l’ampleur des violences, une action urgente s’impose. Les autorités maliennes sont tenues de diligenter une enquête transparente et de traduire les responsables devant la justice. Les victimes et leurs familles méritent vérité et réparation.

La communauté internationale, en particulier l’Union africaine, doit renforcer ses efforts diplomatiques et coordonner une réponse régionale pour mettre fin à l’impunité qui règne au Mali. Sans une reddition de comptes effective, les cycles de violences risquent de se perpétuer, plongeant davantage de civils dans la souffrance.