Cinq ans après le coup de force au Mali : entre espoirs et désillusions

Cinq ans après le putsch : le Mali entre ombres et défis persistants

Il y a cinq ans jour pour jour, le général Assimi Goïta s’emparait du pouvoir à Bamako par la force, marquant le début d’une ère où les promesses de stabilité se sont heurtées aux réalités d’un pays en proie à l’instabilité. Depuis ce 24 mai 2021, le paysage malien s’est teinté de nuances contrastées : un soutien inconditionnel d’une partie de la population, mais aussi une répression accrue et une insécurité qui ne cesse de gagner du terrain.

Portrait d'Assimi Goïta

Une liberté d’expression sous pression

Les critiques envers le régime militaire n’ont cessé de s’amplifier. La liberté d’expression, autrefois un pilier du débat public au Mali, s’est progressivement étiolée. Les discussions, bien que encore possibles entre proches, se font désormais avec une prudence accrue. Les voix dissidentes, elles, se sont heurtées à des mesures répressives : emprisonnements arbitraires et exil forcé pour certains, tandis que d’autres ont choisi le silence par peur des représailles.

Sécurité : un bilan en demi-teinte

Au début de la transition militaire, certaines régions comme la route vers Ségou avaient connu une accalmie relative, permettant à des agriculteurs de reprendre leurs activités. Pourtant, cette embellie n’a été que temporaire. Aujourd’hui, la crise sécuritaire persiste, aggravée par une démographie galopante, les effets dévastateurs du changement climatique et une insécurité endémique. Les perspectives d’amélioration s’amenuisent, laissant peu d’espoir quant à une résolution rapide des conflits.

L’échec face aux groupes armés : le JNIM et l’État islamique en embuscade

L’ambition affichée en 2020 par les militaires de mettre fin à la menace djihadiste s’est heurtée à une réalité implacable : le JNIM et l’État islamique contrôlent désormais de vastes portions du territoire malien. Malgré les promesses de reconquête, aucun gouvernement – qu’il soit issu d’un coup d’État ou d’élections – ne semble en mesure de reprendre le dessus. Les attaques coordonnées de fin avril, menées par des djihadistes et des rebelles touaregs, ont confirmé la vulnérabilité de l’État malien. Ces événements, d’une ampleur inédite depuis 2012, ont révélé une fois de plus la fragilité des dispositifs de défense, y compris ceux soutenus par des partenaires étrangers.

Ces offensives ont constitué un électrochoc : une attaque frontale contre l’autorité de l’État, malgré la présence de forces russes censées renforcer la sécurité.

Des alliés en retrait : l’Alliance des États du Sahel peine à tenir ses promesses

Les déclarations de solidarité entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) peinent à se traduire par un soutien concret. Si des frappes aériennes ont été évoquées, les trois pays, eux-mêmes aux prises avec des groupes armés, manquent cruellement de moyens pour apporter une aide militaire significative. Leur incapacité à mobiliser des ressources suffisantes a laissé le Mali isolé face à une menace djihadiste toujours plus prégnante.

Les mercenaires russes, bien que présents en nombre, ont rapidement montré leurs limites. Leur retrait précipité de localités stratégiques comme Kidal – sans même engager le combat – a souligné l’inefficacité de leur stratégie, voire son aggravation du conflit.

Un dialogue inévitable avec les djihadistes ?

Face à l’impasse militaire, la question d’un dialogue avec les factions djihadistes modérées se pose avec insistance. Contrairement aux idées reçues, ces groupes ne sont pas uniquement composés d’étrangers assoiffés de violence : ce sont souvent des locaux, poussés par des revendications socio-économiques comme l’accès à l’eau ou à la terre. Dans des pays comme la Mauritanie, des compromis ont permis de réduire l’instabilité, sans pour autant appliquer une charia stricte. Une approche pragmatique pourrait-elle fonctionner au Mali ?

Les négociations, si elles voient le jour, devront s’appuyer sur des acteurs modérés. Car une chose est sûre : la population malienne rejette massivement l’instauration de la charia à Bamako. Les récentes attaques n’ont pas déclenché de mouvements de protestation massifs, signe que les Maliens préfèrent encore le régime actuel – malgré ses défauts – à une alternative djihadiste ou aux anciennes élites politiques, souvent perçues comme corrompues et inféodées à l’Europe.

Entre propagande et résignation : le soutien ambigu à Assimi Goïta

Avec un âge médian de 15 ans, la jeunesse malienne, majoritaire et peu connectée aux débats internationaux, s’informe principalement via les réseaux sociaux. Une plateforme où la propagande – y compris celle alimentée par des acteurs étrangers – trouve un terrain fertile. Malgré les critiques, une partie significative de la population continue de soutenir le gouvernement d’Assimi Goïta, par rejet des autres options. Après les attaques d’avril, aucun soulèvement n’a éclaté, confirmant que l’opposition au régime n’est pas majoritaire, tant que les alternatives sont perçues comme pires.

La vie quotidienne, déjà difficile avant ces événements, s’est encore dégradée. Les blocus, les pénuries et l’effondrement économique ont plongé les Maliens dans une résignation généralisée. Les anciens partis politiques, discrédités par des décennies de mauvaise gouvernance, n’offrent aucune perspective crédible. Dans ce contexte, la transition militaire, malgré ses échecs, reste pour beaucoup le moindre mal.

Le Mali se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Entre la répression interne, l’insécurité grandissante et l’isolement diplomatique, les défis sont immenses. Pourtant, une lueur d’espoir subsiste : celle d’un peuple qui refuse catégoriquement la charia et les groupes armés, même au prix d’un soutien fragile à un régime en quête de légitimité. La question reste entière : ce statu quo peut-il durer, ou le pays sombrera-t-il dans un chaos encore plus profond ?