Cameroun : l’absence de Paul Biya relance les tensions politiques

Un président camerounais absent depuis près de deux mois

Depuis le 7 juin, le Cameroun est privé de la présence physique de son président, Paul Biya. À 93 ans, le chef de l’État, en poste depuis 1982, a quitté le territoire national pour un « séjour privé en Europe », selon la communication officielle. Accompagné de son épouse, Chantal Biya, son absence s’étire désormais sur 48 jours, alimentant les interrogations sur son état de santé et la gestion du pouvoir.

Des rumeurs persistantes sur l’état de santé du président

Les allers-retours de Paul Biya vers Genève, où il séjourne régulièrement, ont nourri de nombreuses spéculations. Le gouvernement camerounais a tenté de couper court aux rumeurs en démentant, le 18 juin, toute hospitalisation du président dans une clinique suisse. Pourtant, les questions persistent, d’autant que cette absence survient dans un contexte où les Camerounais expriment une lassitude croissante face à l’immobilisme des institutions.

L’opposition dénonce un « vide institutionnel »

Mamadou Mota, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a dénoncé sur les réseaux sociaux une « absence révélatrice d’un vide institutionnel criant ». Dans le même temps, Patricia Tomaïno Ndam Njoya, présidente de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), a réclamé la mise en place d’une « procédure impartiale pour constater un empêchement temporaire ou définitif » du président.

En réponse, le gouvernement camerounais, par la voix de James Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et cadre du parti présidentiel, a assuré que Paul Biya « suit méticuleusement les dossiers » malgré son éloignement. Pourtant, les critiques persistent, notamment quant à la gestion des affaires de l’État.

Un pouvoir en « pilotage automatique »

Le Social Democratic Front (SDF), principal parti d’opposition, n’hésite pas à qualifier la gestion actuelle de « pilotage automatique ». Une formule qui résume le sentiment d’une grande partie de la population, épuisée par des années d’attente et d’immobilisme. Viviane Ondoua Biwolé, professeure en management public à l’université de Yaoundé, confirme : « Les gens sont déjà épuisés d’attente ».

Des élections contestées et un gouvernement en suspens

La réélection de Paul Biya pour un huitième mandat en octobre 2025 avait été marquée par des manifestations violemment réprimées, faisant « plusieurs dizaines de morts » selon les autorités. Les résultats, vivement contestés par l’opposition, avaient semé le doute parmi les observateurs internationaux.

Malgré les promesses de formation d’un nouveau gouvernement dès le 31 décembre 2025, aucune équipe n’a encore été nommée. Pire, les élections municipales et législatives, initialement prévues, ont été reportées à plusieurs reprises, prolongeant indéfiniment les mandats en place.

L’après-Biya : une succession sous haute tension

Pour tenter de répondre aux inquiétudes, le régime a récemment modifié les institutions : en mars, les présidents des deux chambres du Parlement ont été remplacés, et une réforme constitutionnelle a créé un poste de vice-président en mai. Pourtant, trois mois après cette annonce, aucun titulaire n’a été désigné, alimentant les rumeurs et les spéculations.

En juin, un faux décret de nomination, circulant sous le sceau de la présidence, a été déposé à la radio publique de Yaoundé. Bien que rapidement démasqué, ce document a encore nourri les fantasmes sur la succession du président vieillissant.

Les observateurs s’accordent à dire que les tensions au sommet de l’État s’intensifient. Stéphane Akoa, politologue camerounais, évoque des « querelles entre les différents clans » au sein de l’entourage présidentiel. Parmi eux, l’influence croissante de Chantal Biya, la Première dame, dont le nom est de plus en plus cité dans les décisions et nominations stratégiques.

En l’absence de vice-président, c’est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui serait appelé à assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir, le temps d’organiser une nouvelle élection présidentielle.