Blocus jihadiste à Bamako : une Tabaski 2026 sous haute tension
Bamako étouffée : le JNIM étend son emprise avant la Tabaski 2026
L’ombre du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) plane sur Bamako à l’approche de l’Aïd el-Kebir 2026. Depuis fin avril, une stratégie d’encerclement économique méthodique prive la capitale malienne de ses approvisionnements vitaux. Carburant, denrées alimentaires et surtout moutons de sacrifice, éléments centraux de la Tabaski, se font de plus en plus rares. Cette asphyxie organisée transforme les préparatifs festifs en parcours du combattant pour des centaines de milliers de Maliennes et Maliens.
Des routes transformées en zones de non-droit
Les axes stratégiques reliant Bamako aux régions productrices du sud et de l’ouest, ainsi qu’aux frontières avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie, sont devenus des pièges pour les transporteurs. Les convois commerciaux sont régulièrement attaqués, des camions réduits en cendres, dissuadant tout voyage sans escorte militaire. Si l’armée malienne tente de sécuriser certains passages, le rythme des livraisons s’effondre inexorablement. Le JNIM, autrefois cantonné aux zones rurales, étend désormais son influence jusqu’aux artères logistiques de la capitale, frappant au cœur de l’économie urbaine.
Le mouton de la Tabaski : un luxe inaccessible pour beaucoup
Les enclos des marchés à bétail de Bamako, autrefois grouillants d’animaux en provenance du Sahel central ou des régions de Kayes et Koulikoro, sont aujourd’hui clairsemés. Les éleveurs, de plus en plus réticents à risquer le voyage, font grimper les prix à des niveaux prohibitifs. Le mouton de sacrifice, pilier de la fête, devient un article de luxe pour une part croissante des familles. Face à cette situation, les Bamakois se tournent vers des solutions alternatives : crédits informels, cotisations entre proches ou réduction drastique des quantités achetées.
Mais la hausse des prix ne se limite pas au bétail. Huile, sucre et épices, ingrédients traditionnels de la Tabaski, voient leurs coûts exploser. Cette inflation alimentaire s’ajoute à un pouvoir d’achat déjà fragilisé par des années de sanctions, de retrait des partenaires internationaux et d’affectation massive des ressources vers le secteur militaire. Les ménages les plus modestes, qui constituent l’essentiel de la population urbaine, doivent arbitrer : réduire les portions, partager les achats ou renoncer à certains plaisirs festifs.
Électricité et carburant : les deux autres fronts de la crise
La situation se dégrade également sur le front énergétique. La Société Énergie du Mali (EDM-SA), confrontée à des difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures et à une infrastructure vieillissante, multiplie les délestages. Les coupures prolongées, parfois supérieures à douze heures, menacent la conservation de la viande après le sacrifice et perturbent le quotidien des petits commerces. Les groupes électrogènes deviennent des ressources vitales, mais leur coût et leur disponibilité restent aléatoires.
Quant au carburant, son acheminement dépend largement des corridors ivoiriens et sénégalais. Les prix flambent sur le marché parallèle, les files d’attente s’allongent devant les stations-service, et les pénuries en cascade paralysent le transport urbain, les livraisons et les services essentiels comme ceux des hôpitaux. Les autorités, conscientes du risque de tensions sociales, multiplient les messages rassurants, mais peinent à apporter des solutions durables.
Tabaski 2026 : un enjeu de souveraineté pour la transition malienne
Pour les autorités issues de la transition, la gestion de cette crise logistique et sociale représente un test de légitimité. La capacité à sécuriser les corridors d’approvisionnement devient un symbole de souveraineté, alors que le pays fait face à une guerre asymétrique toujours plus agressive. Plusieurs observateurs soulignent que cette stratégie d’asphyxie économique rappelle les tactiques employées au Burkina Faso voisin, où des villes comme Djibo subissent des blocus similaires depuis des mois.
La Tabaski 2026 se déroulera donc dans une atmosphère bien différente des années précédentes : moins d’effervescence, plus de précaution. Au-delà du rituel religieux, c’est la résilience même de Bamako qui est mise à l’épreuve. Dans les marchés à bétail et les stations-service, c’est une société malienne sous tension qui tente de préserver l’essentiel.