Bénin : le projet Food Systems révolutionne l’agriculture du maïs et du riz

Un enjeu vital pour le Bénin : des sols épuisés et des rendements en chute

Au Bénin, l’agriculture est bien plus qu’un secteur économique : elle pulse au cœur de la vie nationale. Avec près de 70 % des emplois dépendant de cette activité, une contribution de 26 % au Produit Intérieur Brut et 80 % des recettes d’exportation, elle représente le socle de la stabilité sociale et économique du pays. Pourtant, ce pilier tremble sous la pression d’un fléau silencieux : l’érosion accélérée de la fertilité des sols. Ce phénomène, qui ronge progressivement les terres arables, fait chuter les rendements et menace directement la sécurité alimentaire des populations.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les dernières analyses nationales, plus de 5 millions de Béninois, soit près de 40 % de la population, subissent directement les conséquences de cette dégradation. Pire encore, 38 % du territoire béninois est désormais classé comme dégradé, réduisant les récoltes de moitié dans certaines zones. Cette situation plonge les communautés rurales dans une précarité croissante, privant des milliers de foyers d’un accès stable à l’eau et à la nourriture.

Face à ce constat alarmant, le Ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, M. Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a tiré la sonnette d’alarme lors du lancement officiel du projet Food Systems : « Un sol appauvri engendre une agriculture peu productive, condamnant les producteurs à un cycle de pauvreté difficile à briser. »

Food Systems : une réponse structurelle pour une agriculture résiliente

Pour inverser cette tendance, le gouvernement béninois a mis sur pied un projet d’envergure : le programme Food Systems. Porté par une collaboration entre l’État, la FAO et le Fonds pour l’Environnement Mondial, ce programme ambitionne de réinventer les filières agricoles du maïs et du riz, deux cultures vitales pour l’alimentation et l’économie locales.

Contrairement aux approches traditionnelles qui se concentrent sur des solutions ponctuelles, Food Systems adopte une vision systémique. L’objectif ? Transformer en profondeur les politiques agricoles, moderniser les techniques de production et faciliter l’accès aux marchés pour les petits producteurs. En ciblant spécifiquement le maïs et le riz, le projet vise à passer d’un modèle de faible productivité et à fort impact environnemental à un système intégré, performant et durable.

Un investissement massif pour des résultats concrets

Pour concrétiser cette ambition, un budget de plus de 20 millions de dollars a été mobilisé. Ce financement repose sur une répartition tripartite : une contribution de 5,9 millions de dollars apportée par le Fonds pour l’Environnement Mondial, complétée par un cofinancement de 14,8 millions de dollars de l’État béninois. Ces ressources permettront de déployer des actions ciblées dans cinq communes stratégiques : Karimama, Malanville, Glazoué, Kétou et Les Aguégués.

Les résultats escomptés sont ambitieux. D’ici 2030, le projet prévoit de :

  • Restaurer 20 000 hectares de terres dégradées, redonnant ainsi leur fertilité à des sols aujourd’hui stériles.
  • Diffuser des pratiques agricoles durables sur 114 900 hectares, afin d’améliorer les rendements sans épuiser les ressources naturelles.
  • Bénéficier directement à 36 000 producteurs, tout en touchant indirectement près de 356 000 personnes à travers les régions concernées.

Une mise en œuvre exigeante et collaborative

Si les objectifs sont clairs, la route vers leur réalisation est semée d’embûches. Le ministre Adin Yeton Bloukounon Goubalan a insisté sur la nécessité d’une vigilance extrême dans le choix des technologies de restauration des sols. « L’efficacité des méthodes appliquées sera déterminante pour la réussite du programme », a-t-il souligné.

De son côté, le Représentant résident de la FAO au Bénin, M. Paul-Henri Zoéwindé Bouda, a rappelé que la technologie seule ne suffira pas. « Le succès du projet repose sur l’engagement collectif des acteurs locaux, des structures impliquées et des bénéficiaires eux-mêmes. Chaque acteur doit jouer son rôle avec détermination pour que cette transition réussisse. »

Vers une autonomie alimentaire renforcée

En s’attaquant à la racine du problème – la dégradation des sols –, le projet Food Systems ouvre la voie à une autonomie alimentaire durable pour le Bénin. Si les cibles fixées d’ici 2030 sont atteintes, le pays pourrait non seulement sécuriser ses approvisionnements en maïs et en riz, mais aussi devenir un modèle de transition écologique pour toute la sous-région. Une perspective qui redonne espoir aux millions de Béninois dont la survie dépend chaque jour de la terre.