Bamako résiste sous blocus jihadiste pour une tabaski en famille

Bamako résiste sous blocus jihadiste pour une Tabaski en famille

  • Un troupeau de moutons dans un parc à bétail improvisé à Bamako, le 14 mai 2026
  • Des moutons à l’arrière d’un véhicule à l’approche de la Tabaski à Bamako, le 12 mai 2026
  • Un motard transporte un mouton posé sur ses genoux à Bamako, le 14 mai 2026

En cette année marquée par l’insécurité, les Maliennes et Maliens de Bamako affrontent une Tabaski sous blocus jihadiste. Les routes menant à la capitale sont sous tension depuis fin avril. Des groupes armés, liés à Al-Qaïda, bloquent certaines voies, incendiant des véhicules et semant la peur parmi les voyageurs.

Alpha Amadou Kané, originaire de Mopti, n’ira pas célébrer la fête avec sa famille cette année. « En trente ans à Bamako, c’est la première fois que je ne fête pas la Tabaski chez les miens », confie-t-il, amer. Les compagnies de transport ont réduit leurs rotations, voire stoppé les dessertes vers l’intérieur du pays. Les images de cars calcinés ont suffi à dissuader les plus téméraires. Pourtant, pour les Maliens, cette fête est bien plus qu’un rituel religieux : elle incarne l’unité familiale, souvent mise à mal par les déplacements professionnels.

Des routes sous haute tension et des familles séparées

Dans les gares routières de Bamako, l’atmosphère est inhabituellement calme. Les quais, d’ordinaire bondés à l’approche de la Tabaski, sont presque déserts. Les pénuries de carburant aggravent encore la situation. « Non seulement nous manquons de gazole pour assurer nos rotations, mais nous avons aussi perdu des bus lors d’attaques récentes », explique un responsable d’agence de voyage sous anonymat. « Avant, nous transportions plus de 50 000 passagers en une semaine vers les régions. Cette année, aucun départ n’est prévu. »

Wara Bagayoko, lui aussi, renonce à son pèlerinage annuel. Depuis trois décennies, il rejoignait chaque année la région de Ségou pour la Tabaski. « Cette année, la route est trop dangereuse », avoue-t-il, résigné. Même les véhicules personnels ne sont plus épargnés par les menaces.

Quelques minibus parviennent cependant à entrer dans Bamako, empruntant des itinéraires détournés ou bénéficiant d’une escorte militaire. Mais ces exceptions ne suffisent pas à redonner confiance.

Un marché du bétail asphyxié par l’insécurité

Le blocus routier étouffe aussi la filière du bétail, indispensable pour le sacrifice de la Tabaski. Les éleveurs peinent à acheminer leurs troupeaux vers Bamako, le principal marché du pays. Le coût du transport a explosé : passer de 2 500-2 750 francs CFA (4 euros) à 15 000-18 000 francs CFA (22-27 euros) par bête, c’est une hausse vertigineuse.

Conséquence directe : le mouton, animal central de la fête, se fait rare. « Beaucoup de camions de bétail ont été brûlés par les jihadistes », témoigne Hama Ba, marchand à Bamako. « Avant, j’avais plus de 1 000 têtes en stock. Aujourd’hui, il n’en reste aucune. »

Les prix flambent : un mouton acheté 75 000 francs CFA (114 euros) l’an dernier se négocie désormais à 300 000 francs CFA (457 euros). « Il y a quelques années, nous avions un large choix. Aujourd’hui, trouver un animal adapté à son budget relève du parcours du combattant », se désole Iyi, qui cherche désespérément un bélier.

Des services publics au bord de l’effondrement

À Bamako, la crise sécuritaire s’accompagne d’une dégradation des services essentiels. Les coupures d’électricité sont fréquentes et prolongées, tandis que l’eau potable devient une denrée rare. Les couturiers, qui préparent les tenues de fête, peinent à honorer leurs commandes. « Nous avons tenté d’acheter un petit panneau solaire, mais cela ne remplace pas le courant », explique Alou Diallo, tailleur.

Les ménages s’inquiètent aussi de la conservation des aliments. « Comment préserver la viande sans électricité ? Acheter un mouton à ce prix pour risquer de tout perdre en 24 heures à cause des délestages est un vrai cauchemar », confie une mère de famille du quartier de Sirakoro.

Les autorités maliennes ont annoncé l’arrivée de centaines de camions-citernes de carburant à Bamako. Une lueur d’espoir, mais insuffisante pour effacer les tensions persistantes.

Cette année, la Tabaski à Bamako sera donc une fête en demi-teinte : entre traditions brisées, prix exorbitants et insécurité persistante, les Maliennes et Maliens célèbrent sous haute tension.