Yamoussoukro, capitale ivoirienne : l’immobilier en plein essor bouleverse les terres agricoles

À Yamoussoukro, la capitale politique de la Côte d’Ivoire, les paysages se métamorphosent à une vitesse impressionnante. Les terrains prennent de la valeur, les chantiers se multiplient et les investisseurs affluent vers cette ville en pleine expansion. Une véritable ruée vers le foncier qui redessine les contours de la région et soulève des questions cruciales sur l’avenir des terres agricoles.

Vue aérienne de la basilique Notre-Dame de la Paix à Yamoussoukro, symbole de l'expansion urbaine

Un marché immobilier en pleine effervescence

Avec son drone, Francis Djaha survole les parcelles qu’il met en vente. Depuis les airs, la vue offre un spectacle saisissant : des dizaines de lots tracés à la perfection, avec en toile de fond la basilique Notre-Dame de la Paix, emblème national. Les prix varient entre 15 et 40 millions de FCFA selon la localisation et la surface. Cet agent immobilier, actif depuis cinq ans, constate une demande croissante : « On observe des particuliers souhaitant construire des habitations, des industriels cherchant des espaces pour leurs bureaux, mais aussi des agriculteurs et des acquéreurs de maisons déjà construites », explique-t-il.

Plusieurs facteurs expliquent cet engouement. Yamoussoukro séduit d’abord par la disponibilité de son foncier. Mais les atouts sont multiples : « Les axes routiers sont larges, facilitant les déplacements. La ville bénéficie d’une tranquillité remarquable. Les infrastructures héritées du président Houphouët-Boigny offrent un cadre unique, sans commune mesure avec d’autres villes du pays. Et surtout, Yamoussoukro est au cœur du territoire, permettant un accès facile à l’ensemble du pays », souligne Francis Djaha.

Des investisseurs de tous horizons

Ces atouts attirent une clientèle diversifiée : Abidjanais, originaires des autres régions de Côte d’Ivoire ou encore membres de la diaspora. Les prix encore abordables et les perspectives de développement de la capitale politique constituent des arguments de poids. Un chef d’entreprise, souhaitant conserver l’anonymat, en témoigne : « Nous avons acquis un terrain dans l’optique de réaliser un projet résidentiel destiné à la population ».

Pourtant, cette frénésie immobilière n’est pas sans conséquences. Les villages périphériques de Yamoussoukro, autrefois dédiés à l’agriculture, voient leurs terres se transformer en lotissements. Une évolution qui suscite à la fois des espoirs de développement et des craintes pour le patrimoine foncier local.

L’agriculture menacée par l’urbanisation

À Séman Sanhourikro, à quelques kilomètres de la capitale, Michel N’Goran, conseiller du chef du village, observe cette mutation avec inquiétude. « Avec les lotissements, nous perdons nos terres agricoles. Dans 30 ou 50 ans, je crains que nous subissions le même sort que les communautés Ebriés à Abidjan : la disparition totale des terres cultivables », alerte-t-il.

Les cultures traditionnelles de cacao, d’igname ou de manioc cèdent progressivement la place aux nouveaux quartiers. Une tendance qui s’accélère avec les projets d’infrastructures, comme la future ligne de train à grande vitesse reliant Abidjan à Yamoussoukro en 45 minutes. Cette amélioration des liaisons ne manquera pas de renforcer l’attractivité de la capitale politique, mais elle accentuera aussi la pression sur les terres arables.