Wagner ou africa corps : quel groupe russe pour la Centrafrique ?
Wagner ou Africa Corps : quel groupe russe pour la Centrafrique ?
En Centrafrique, les autorités locales et Moscou se livrent une bataille d’influence pour déterminer quel groupe russe assurera la sécurité du pays. Entre Wagner, groupe controversé aux méthodes brutales, et Africa Corps, nouvelle structure officiellement rattachée au ministère russe de la Défense, le choix semble se résumer à une alternative sombre : mêmes exactions, même impunité, seule la facturation diffère.
des méthodes violentes communes à Wagner et africa corps
Les récits de civils maliens ayant fui les zones sous contrôle russe révèlent une réalité glaçante : les deux groupes appliquent une logique de terreur identique. Les témoignages recueillis près de la frontière mauritanienne par l’Associated Press dressent un tableau effroyable des exactions commises.
Fatma, réfugiée malienne, évoque la perte de sa fille et de son fils, tués lors d’une raid mené par des mercenaires. « Je suis vivante, mais pas vraiment », confie-t-elle, brisée. Mougaloa, éleveuse peule, décrit l’assassinat de son fils et la disparition de sa fille, victime collatérale d’une chasse systématique aux djihadistes. « Si vous ne dénoncez pas les militants, l’armée vous tue. Si vous le faites, les djihadistes vous exécutent. Peu importe, on meurt de toute façon », explique-t-elle.
Les scènes décrites par les réfugiés évoquent des enlèvements, des viols, des exécutions sommaires et des villages incendiés. Certains corps retrouvés portaient des traces de prélèvements d’organes. Ces pratiques rappellent les vidéos partagées par les membres de Wagner il y a quelques années, où des mercenaires découpaient des cadavres de civils maliens.
une différence majeure : la chaîne de commandement
Contrairement à Wagner, qui opérait avec une relative autonomie, l’Africa Corps est directement placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense. Cette particularité juridique signifie que toute exaction commise par ses membres engage officiellement la responsabilité de l’État russe, selon des experts interrogés par l’Associated Press.
Pourtant, cette distinction ne change rien pour les populations locales. Les effectifs de l’Africa Corps au Mali seraient d’environ 2 000 hommes, recrutés en Russie, en Biélorussie et dans plusieurs pays africains. Leur composition reste opaque, mais des réfugiés ont signalé la présence d’hommes noirs parlant des langues étrangères, suggérant un recrutement local ou étranger.
un coût financier exorbitant pour la Centrafrique
Si Wagner financait ses opérations par le pillage des ressources naturelles centrafricaines, l’Africa Corps exige une rémunération directe de 10 milliards de francs CFA par mois, selon les déclarations de Moscou. Pour un pays déjà fragilisé comme la Centrafrique, cette somme représenterait un fardeau économique insoutenable.
Les chiffres officiels des victimes civiles attribuées aux mercenaires russes ont légèrement diminué en 2025 (447 morts contre 911 l’année précédente), mais cette baisse pourrait refléter davantage la peur des représailles que la réalité des violences. Sukru Cansizoglu, représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en Mauritanie, souligne que « beaucoup de personnes sont violées, attaquées ou tuées. Les familles sont brisées. Il est parfois difficile d’identifier les auteurs exacts de ces crimes ».
que retenir pour la Centrafrique ?
Le président Touadéra souhaite maintenir la présence de Wagner, tandis que la Russie privilégie l’Africa Corps. Dans les deux cas, les civils centrafricains semblent condamnés à subir les mêmes violences. La seule variable notable réside dans le mode de financement : pillage des ressources locales ou facturation directe à l’État centrafricain.
Face à cette équation tragique, la question n’est plus de savoir qui protégera la Centrafrique, mais plutôt comment protéger ses habitants.