Tchad : vers un retour à l’autoritarisme et au parti unique ?
Tchad : l’opposition muselée, un signe inquiétant d’autoritarisme grandissant
Le régime tchadien semble s’engager résolument sur la voie d’un retour aux méthodes autoritaires, comme en témoignent les dernières décisions judiciaires et politiques. À peine deux semaines après leur arrestation, huit dirigeants de l’opposition ont été condamnés à huit ans de prison ferme pour avoir tenté d’organiser une marche dénonçant les dysfonctionnements de la gouvernance au Tchad. Leur coalition, le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), prévoyait une manifestation le 2 mai avant d’être dissoute par la Cour suprême le 6 mai.
Parmi les condamnés figure une figure majeure de l’opposition, Succès Masra, chef du parti Les Transformateurs, déjà écroué depuis août 2025 à vingt ans de prison pour « incitation à la haine ». Ces décisions judiciaires, qualifiées de politiques par leurs défenseurs, confirment une tendance inquiétante : l’étouffement systématique des voix dissidentes et la mainmise totale du Mouvement patriotique du salut, parti présidentiel, sur la vie politique.
La répression judiciaire, nouvelle arme du pouvoir
L’utilisation du système judiciaire comme outil de répression s’intensifie au Tchad. Les avocats des huit responsables du GCAP dénoncent des conditions de détention arbitraires et un procès expéditif, où les chefs d’accusation d’« association de malfaiteurs », de « mouvement insurrectionnel » et de « détention illégale d’armes » ont été retenus sans preuve solide. Une stratégie qui rappelle les méthodes employées contre Succès Masra, dont le procès avait suscité une vive émotion dans la société civile.
Les Nations unies ont rappelé l’importance de respecter les droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique. Pourtant, depuis plus de six ans, les manifestations sont interdites, et celles qui ont eu lieu, comme en octobre 2022, ont été violemment réprimées, causant la mort de près de 200 manifestants.
Une escalade de la violence et des risques pour la stabilité
L’usage disproportionné de la force par les forces de l’ordre s’est normalisé, même dans des contextes anodins. Le 29 avril, des militants célébrant l’anniversaire des Transformateurs ont été pris pour cible lors d’une attaque armée, faisant un mort, deux blessés graves et l’enlèvement du trésorier du parti, qui a subi des tortures. Si le gouvernement a promis des investigations, ces incidents se multiplient depuis le début de la transition politique en 2021, après la mort du président Idriss Déby Itno.
Cette période de transition, censée rétablir l’ordre constitutionnel, a vu la Constitution amendée en octobre 2025 pour prolonger le mandat présidentiel à sept ans. Une modification qui renforce les craintes d’un retour à l’ère des régimes à parti unique, comme sous les présidences de François Tombalbaye (1960-1975) ou Hissène Habré (1982-1990), où seuls les partis alignés sur le pouvoir étaient tolérés.
Un passé qui menace de se répéter
Le Tchad porte les cicatrices d’une histoire politique marquée par l’instabilité et les coups d’État. Tombalbaye et Habré, comme Idriss Déby Itno, ont tous été renversés par la force, illustrant une tradition de violence politique qui perdure depuis l’indépendance en 1960. Moins de trois ans après le retour à l’ordre constitutionnel, les signes d’un retour à l’autoritarisme se multiplient, alimentant les risques de radicalisation, notamment chez les jeunes.
Pour éviter une nouvelle spirale de conflits, le dialogue entre le régime, l’opposition et la société civile est plus que jamais nécessaire. La séparation des pouvoirs, le respect des libertés fondamentales et une réforme en profondeur des forces de l’ordre sont des mesures urgentes. Les organisations régionales, comme l’Union africaine ou la Communauté économique des États d’Afrique centrale, doivent jouer un rôle actif pour rappeler au Tchad ses obligations en matière de droits humains et de démocratie.