Tchad : l’opposition alerte sur une crise politique et sécuritaire critique
Tchad : l’opposition dénonce une crise sécuritaire et politique aux conséquences dramatiques
Lors d’une conférence de presse organisée hier au cœur de N’Djamena, le mouvement Les Patriotes a dressé un constat alarmant de la situation au Tchad. Son porte-parole, Hisseine Abdoulaye, a qualifié la conjoncture actuelle de « chaotique et profondément inquiétante », en pointant notamment la répression des voix politiques et l’aggravation des tensions communautaires.
Une dégradation sécuritaire aux multiples visages
Le parti met en lumière une recrudescence des violences armées dans plusieurs régions du pays. Dans la province du Lac, les attaques répétées de Boko Haram s’intensifient, tandis que l’est et le sud du Tchad subissent une montée des affrontements intercommunautaires, alimentés par des tensions historiques et des rivalités locales. Les récentes opérations militaires menées à Barka Tolorom et Kaïga Kindjiria ont entraîné la perte de 23 soldats, tandis que dans le Wadi Fira, des conflits tribaux liés au trafic d’armes en provenance du Soudan ont déjà fait plus de 40 victimes.
La politique sous pression : répression et restrictions des libertés
Sur le plan politique, Les Patriotes dénoncent une stratégie de musellement de l’opposition. Le parti évoque notamment la dissolution du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), une instance ayant joué un rôle clé dans le dialogue national. Parmi les figures ciblées, on retrouve la condamnation à huit ans de prison ferme de huit leaders politiques, dont Nassour Ibrahim Koursami, président du mouvement lui-même. Leur arrestation, survenue le 25 avril sans mandat apparent, est présentée comme un acte arbitraire.
Les accusations portées contre eux – attroupement illégal, association de malfaiteurs, rébellion et détention illégale d’armes – seraient, selon le parti, dépourvues de preuves tangibles. Les Patriotes accusent ouvertement les plus hautes autorités judiciaires et administratives d’avoir orchestré une procédure expéditive pour éliminer toute opposition politique viable. L’emprisonnement de Succès Masra et les circonstances entourant la mort de Yaya Dillo sont également pointés du doigt comme des exemples de cette répression systématique.
Le mouvement exige la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques et appelle la communauté internationale à intervenir pour faire cesser ces dérives autoritaires.
Un appel à l’unité nationale pour restaurer la démocratie
En clôture de la conférence, Hisseine Abdoulaye a lancé un appel solennel à la mobilisation citoyenne. Il a qualifié la situation de « mascarade politique » et a évoqué la nécessité de restaurer l’État de droit au Tchad. S’appuyant sur une citation de George Orwell, il a souligné : « Les tyrans redoutent la vérité, car elle ne se soumet à aucune tyrannie. » Une métaphore claire pour dénoncer les entraves à la liberté d’expression et les manipulations politiques en cours.
Face à cette crise multidimensionnelle, Les Patriotes posent un ultimatum : soit le gouvernement change de cap, soit la société civile se mobilise pour exiger des réformes structurelles et le respect des droits fondamentaux.