Tchad : les réfugiées en danger face aux violences et au manque de soins
Le Tchad, déjà marqué par une pauvreté endémique et un système de santé fragile, subit une pression humanitaire accrue. Plus de 1,3 million de réfugiés et rapatriés, dont une majorité de femmes et d’enfants, ont trouvé refuge dans ce pays d’Afrique centrale. Les Nations Unies alertent sur les défis croissants auxquels ces populations sont confrontées, notamment en matière de protection et d’accès aux soins.
Des violences qui pèsent sur les réfugiées
Une mission récente dans l’est du Tchad, menée par le directeur exécutif adjoint de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), Andrew Saberton, a révélé des témoignages poignants. Dans les camps situés près de la frontière avec le Soudan, les femmes réfugiées vivent dans la peur au quotidien. Quitter les camps pour collecter du bois de chauffage les expose à des risques constants : harcèlement, agressions et violences sexuelles. « Ces sorties deviennent des moments d’angoisse », confie Andrew Saberton, évoquant des récits de femmes ayant subi de telles épreuves.
Résilience et soutien malgré l’adversité
Malgré ces conditions précaires, des initiatives locales apportent un espoir tangible. Des centres soutenus par l’UNFPA offrent un accompagnement psychosocial, des formations professionnelles et des activités génératrices de revenus. Ces structures permettent aux réfugiées de se reconstruire et de trouver une certaine autonomie. « Leur résilience est remarquable, mais elles ont besoin de davantage de soutien », souligne le responsable onusien.
Des complications médicales ignorées
À Abéché, Andrew Saberton a rencontré une jeune femme victime de fistule obstétricale. Mariée à seulement 15 ans, elle a perdu son bébé lors de son premier accouchement, faute de soins adaptés. Abandonnée par son mari, elle a vécu dix ans avec cette complication avant d’être soignée. Aujourd’hui, elle fait face à de nouvelles pressions pour se remarier, illustrant l’urgence d’un accompagnement médical et social.
Des structures de santé saturées
Dans la province du Wadi Fira, où se situe le camp d’Iridimi, les centres de santé sont débordés. Plus de 333 000 réfugiés y sont accueillis, et les sages-femmes y réalisent jusqu’à 300 accouchements par mois dans des conditions difficiles. Les pénuries d’anesthésiants empêchent parfois la réalisation de césariennes en toute sécurité, une situation intolérable selon Andrew Saberton : « Aucune femme ne devrait accoucher sans anesthésie. »
Un financement humanitaire en chute libre
Le bureau de l’UNFPA au Tchad subit une baisse alarmante de ses ressources. En 2026, les fonds alloués à la santé maternelle et à la protection des femmes n’ont été financés qu’à hauteur de 2,5 %, contre 44 % en moins par rapport à 2025. Pourtant, avec un taux de mortalité maternelle parmi les plus élevés au monde (860 décès pour 100 000 naissances vivantes), l’urgence est criante. L’organisation appelle la communauté internationale à agir sans délai pour éviter une crise sanitaire majeure.
« Pour les femmes et les filles du Tchad, chaque euro investi signifie un accouchement sécurisé, des soins après un traumatisme ou une chance de survie », martèle Andrew Saberton. Sans un soutien accru, des vies continueront de se perdre dans l’indifférence.