Suspension de la circulation des motos au Mali : une mesure controversée
Interdiction des motos de grosse cylindrée : une décision controversée
Une mesure gouvernementale vient d’être prise au Mali : la circulation des motocyclettes de 125 cm³ et plus est désormais suspendue en dehors des grands centres urbains pour une durée d’un an, renouvelable. Cette décision s’applique également à l’importation, au transit, à la vente et à la distribution de ces véhicules sur l’ensemble du territoire. Officiellement, l’objectif affiché est de limiter la mobilité des groupes armés terroristes qui utilisent massivement ce type d’engins pour leurs opérations.
L’annonce, diffusée par arrêté interministériel sur les ondes de la télévision nationale en début de mois, précise que les grandes agglomérations — à savoir le district de Bamako ainsi que les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement — sont exemptés de cette interdiction.
Cependant, cette mesure suscite des réactions mitigées au sein de la population malienne. Si certains y voient une avancée sécuritaire nécessaire, d’autres s’inquiètent de ses conséquences pratiques, notamment dans les zones rurales où ces motos sont vitales pour les déplacements quotidiens.
Un outil indispensable dans les régions reculées
Dans les zones montagneuses ou isolées, comme le cercle de Bandiagara, les motos de grosse cylindrée sont bien plus qu’un simple moyen de transport : elles sont un outil de survie. Un habitant de cette région, préférant garder l’anonymat, explique leur importance :
« Ces motos sont adaptées à notre environnement. Le pays dogon est marqué par des routes escarpées et des pentes raides. Que ce soit pour les forces armées maliennes, les acteurs humanitaires, les paysans ou les habitants, elles sont indispensables. Même les ambulances sont remplacées par ces engins pour transporter les malades vers les centres de santé. Leur interdiction nous priverait d’un outil essentiel. »
Cette dépendance aux motos de grosse cylindrée est également un phénomène observé dans d’autres régions du centre du pays, où les déplacements entre villages pour l’agriculture, l’élevage ou la pêche reposent en grande partie sur ces véhicules.
Sécurité versus survie : le dilemme des populations maliennes
À Mopti, une ville stratégique du centre du Mali, les habitants sont partagés. Certains reconnaissent la nécessité de cette mesure pour des raisons de sécurité, notamment après des attaques terroristes récentes. Cependant, beaucoup s’interrogent sur les répercussions concrètes de cette interdiction.
Un résident de Mopti, dont les activités professionnelles dépendent de ces motos, témoigne :
« Nous nous déplaçons quotidiennement d’un village à l’autre pour nos activités. Depuis l’annonce de l’interdiction, la plupart d’entre nous avons dû arrêter leurs déplacements. Moi, je livrais du pain à des habitants de villages éloignés de Mopti. Aujourd’hui, cette activité est compromise. »
Les motos de grosse cylindrée sont effectivement utilisées par les groupes armés pour mener des attaques, mais elles sont aussi un moyen de subsistance pour des milliers de Maliens. Cette mesure, bien que compréhensible d’un point de vue sécuritaire, risque d’aggraver les difficultés des populations déjà fragilisées par la crise.
En avril 2026, une attaque d’envergure coordonnée par des groupes djihadistes a rappelé l’urgence de la situation sécuritaire au Mali. Pourtant, cette interdiction des motos de grosse cylindrée illustre aussi les défis auxquels le pays doit faire face : concilier sécurité et besoins vitaux de sa population.