Succès masra : un an derrière les barreaux au Tchad

Une incarcération qui marque un tournant politique

Ce samedi 16 mai marque le premier anniversaire de l’arrestation de Succès Masra, figure majeure de l’opposition tchadienne. L’ancien chef du gouvernement et fondateur du parti Les Transformateurs a été écroué au petit matin de cette date symbolique, dans des circonstances encore floues. Condamné à vingt ans de prison ferme en août 2025 pour incitation à la haine, son cas illustre la tension persistante entre pouvoir et opposition dans le pays.

Succès Masra lors d'une réunion avec des représentants de l'Union africaine à N'Djamena en 2021

Les Transformateurs : un parti sous pression mais résilient

Malgré l’emprisonnement prolongé de leur leader, les membres de Les Transformateurs assurent que le parti reste actif et déterminé. Le secrétaire général, le Docteur Tog-Yeum Nagorngar, a tenu à rassurer les militants : « Succès Masra n’est pas absent des débats politiques, même derrière les barreaux. Notre combat continue avec la même intensité. Aucune preuve tangible n’a été présentée à son encontre depuis un an. Cette détention est une erreur judiciaire que seul le président Mahamat Idriss Déby Itno peut corriger. »

Répression des voix dissidentes : le sort du GCAP

La semaine dernière, huit responsables de partis d’opposition, membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), ont été condamnés à huit ans de prison ferme. Accusés d’« association de malfaiteurs » et de « mouvements insurrectionnels », ils avaient tenté d’organiser une marche pacifique d’indignation. Une décision qui, selon Sosthène Mbernodji, coordonnateur du Mouvement Citoyen pour la Préservation des Libertés (MCPL), signe la fin de l’opposition structurée au Tchad.

« Depuis l’incarcération de Succès Masra, la marge de manœuvre des Transformateurs s’est réduite. Le GCAP était la dernière coalition capable de porter une voix alternative. Aujourd’hui, avec la dissolution de ce groupe et l’emprisonnement de ses leaders, le Tchad bascule dans une logique de monarchie déguisée. Nous sommes revenus au temps des partis uniques, un recul de près de cinquante ans. »

Un climat politique en crise

Face à cette vague d’arrestations et de condamnations, une vingtaine de partis d’opposition ont dénoncé dans un communiqué commun une « instrumentalisation de la justice » et un « musèlement systématique des voix dissidentes ». Une situation qui interroge sur l’avenir démocratique du pays.