Stratégie militaire du Mali : quand la confiance en les mercenaires se retourne contre le pays
le pari risqué des autorités maliennes face aux défis sécuritaires
Depuis l’arrivée des mercenaires russes en 2021, la junte malienne a orienté ses efforts militaires vers la lutte contre les groupes armés touaregs du Nord. Pourtant, cette stratégie a offert un terrain propice à l’expansion des organisations terroristes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara, qui ont renforcé leur emprise sur le territoire et perturbé l’économie locale par des blocus répétés.
L’intervention des forces du groupe Wagner, désormais intégrées à l’Africa Corps, s’est caractérisée par une répression massive sous prétexte de lutte antiterroriste. Des milliers de civils, principalement issus de minorités ethniques, ont été tués lors d’opérations ciblant indistinctement rebelles et terroristes présumés. Ces exactions, souvent exécutées sommairement, ont alimenté un cycle de violence propice au recrutement par les groupes jihadistes.
une stratégie militaire qui alimente l’instabilité
Alors que l’armée malienne et ses alliés mercenaires concentraient leurs forces dans le désert, les mouvements terroristes gagnaient du terrain vers le sud, jusqu’aux portes de Bamako. En janvier 2024, la junte a rompu les Accords d’Alger, un pacte de paix signé avec les représentants touaregs, et relancé une offensive contre le Front de libération de l’Azawad (FLA). Pourtant, cette campagne coïncidait avec une avancée significative des groupes armés dans le centre du Mali, où ils ont progressivement encerclé la capitale et paralysé les échanges commerciaux avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire.
L’éviction des forces françaises en 2022, remplacées par les mercenaires russes, avait pour objectif de redonner au Mali son autonomie sécuritaire. Cependant, l’approche brutale adoptée a eu l’effet inverse : elle a détourné l’attention des véritables menaces tout en sapant la légitimité du gouvernement. Les massacres, comme celui de Moura fin 2023 où des centaines de Peuls ont été exécutés, ont radicalisé une partie de la population et poussé de nombreux civils à rejoindre les rangs des groupes armés.
le tournant de tin zaouatine et l’échec des mercenaires
En juillet 2024, un tournant décisif s’est produit dans la région de Tin Zaouatine, où une embuscade tendue par des combattants touaregs a décimé une colonne militaire malienne associée aux mercenaires. L’affrontement a coûté la vie à près de 50 soldats et 80 mercenaires, marquant la fin de l’hégémonie du groupe Wagner dans le Nord. Peu après, l’annonce du retrait des forces russes a laissé place à l’Africa Corps, une entité réorganisée mais toujours aussi peu appréciée sur le terrain.
Les analystes soulignent que cette transition n’a pas modifié la donne : l’Africa Corps préfère désormais limiter ses interventions directes, se contentant de soutenir les troupes maliennes depuis ses bases via des drones. Pourtant, malgré ces ajustements, la junte reste dépendante de ces mercenaires pour sa survie politique et militaire.
une junte isolée et un avenir incertain
Le Mali verse chaque mois 10 millions de dollars à l’Africa Corps pour ses services, un budget colossal qui reflète l’urgence de la situation. Pourtant, les résultats sont mitigés : les mercenaires évitent désormais les combats de front, préférant protéger les axes stratégiques comme l’aéroport de Bamako ou les convois de carburant, alors que le GSIM étend son influence jusqu’aux portes de la capitale.
Face à cette impasse, la junte n’a montré aucune volonté de dialogue avec les groupes armés. Sans soutien populaire ni perspectives de reconstruction, elle mise uniquement sur la force brute pour maintenir son pouvoir. Une stratégie qui, selon les observateurs, ne fait que repousser les problèmes sans apporter de solutions durables.
« Ils n’ont pas construit d’école, pas de route. Leur unique discours se résume à : Nous haïssons la France, nous haïssons l’Occident. » Une rhétorique qui, loin de souder la nation, ne fait qu’accentuer son isolement sur la scène internationale.