Dakar, capitale diplomatique du continent, a accueilli un tournant historique pour la Francophonie parlementaire africaine. Du 17 au 19 mai 2026, plus de deux cents parlementaires, présidents d’assemblées et hauts responsables de trente pays africains ont transformé la ville en un espace de réflexion stratégique.
Cette 32e Assemblée régionale Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) n’a pas seulement réuni des voix officielles. Elle a incarné une volonté collective : celle d’une Afrique francophone déterminée à réinventer son rôle sur la scène internationale. Face aux bouleversements géopolitiques actuels – crises au Sahel, tensions au Proche-Orient, rivalités entre grandes puissances –, les débats ont dépassé le cadre protocolaires pour aborder une question cruciale : comment l’Afrique francophone peut-elle peser davantage dans les équilibres mondiaux du XXIe siècle ?
Le thème central, « La Francophonie parlementaire face aux défis du développement durable et de la démocratie en Afrique », a servi de catalyseur à des échanges bien plus ambitieux. Les participants ont questionné l’avenir institutionnel, politique et stratégique du continent, avec une ambition claire : faire de la Francophonie un levier d’autonomie et non un simple héritage linguistique.
Le Sénégal trace la voie d’une Francophonie souveraine
C’est El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée nationale du Sénégal, qui a porté le message le plus percutant. Dans un discours salué par l’ensemble des délégations, il a appelé à une souveraineté africaine assumée, portée par des institutions parlementaires renforcées et un contrôle démocratique accru. Pour le responsable sénégalais, la Francophonie ne doit plus être perçue comme un espace culturel ou linguistique, mais comme un outil stratégique au service des intérêts africains.
Son intervention a mis en lumière une mutation profonde : l’Afrique francophone refuse désormais de se contenter d’une participation passive aux débats internationaux. Elle veut en façonner le contenu. El Malick Ndiaye a ainsi plaidé pour une diplomatie parlementaire « plus offensive », abordant des enjeux cruciaux comme la sécurité humaine, la fiscalité des industries extractives, la coopération administrative et le renforcement des mécanismes de contrôle démocratique. Ces priorités reflètent une vision où l’Afrique francophone ne subit plus les décisions, mais les influence activement.
Le Gabon s’affirme comme acteur clé de cette transition
Parmi les délégations présentes, celle du Gabon a marqué les esprits. Menée par Michel Régis Onanga M. Ndiaye, président de l’Assemblée nationale gabonaise, elle a symbolisé la volonté de Libreville de s’imposer comme un acteur central dans les instances internationales. Cette participation s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement diplomatique, où le Gabon cherche à consolider son image et son influence sur la scène africaine.
Les représentants gabonais ont particulièrement insisté sur la nécessité de moderniser l’APF pour la rendre plus réactive aux attentes des peuples africains. Une position qui rejoint les débats plus larges sur l’évolution des institutions francophones, appelées à répondre aux défis contemporains avec plus d’efficacité et de légitimité. À Dakar, le Gabon a ainsi projeté une image d’un pays prêt à jouer un rôle actif dans les discussions sur la gouvernance, la démocratie et le développement durable – une évolution notable pour un État longtemps cantonné à un rôle diplomatique traditionnel.
Une Francophonie en quête de renouvellement
Les travaux de Dakar ont révélé une crise existentielle au sein de la Francophonie institutionnelle. De nombreux responsables africains estiment que les structures actuelles, héritées des décennies passées, ne correspondent plus aux réalités géopolitiques contemporaines. Les aspirations souverainistes, les exigences démocratiques des populations, les crises sécuritaires persistantes et les tensions économiques ont profondément modifié les attentes vis-à-vis des organisations internationales.
Plusieurs intervenants ont souligné la nécessité de bâtir une Francophonie moins verticale, plus équitable et davantage centrée sur les préoccupations concrètes des citoyens africains. Le discours n’est plus celui d’une simple solidarité linguistique, mais celui d’une coopération stratégique axée sur la sécurité, le développement économique, l’intégration régionale et la stabilité institutionnelle. Cette transformation reflète un basculement intellectuel majeur au sein des élites politiques africaines francophones, où une nouvelle génération de dirigeants cherche à construire des institutions capables de défendre les intérêts du continent dans un monde devenu plus compétitif et conflictuel.
Dakar, symbole d’une Afrique en pleine mutation
En accueillant cette assemblée, le Sénégal a confirmé sa position de leader dans la refonte de la diplomatie africaine. Le pays, qui a connu une alternance politique historique en 2024, incarne aujourd’hui une Afrique en quête de stabilité, de souveraineté et de leadership régional. Le choix de Dakar comme cadre de cette réflexion n’est pas anodin : il illustre une volonté de rompre avec les schémas traditionnels de dépendance et de réaffirmer une voix africaine plus autonome.
Au-delà des résolutions et des déclarations officielles, cette 32e Assemblée régionale a surtout marqué le début d’une nouvelle ère pour la Francophonie parlementaire africaine. Une ère où les questions de souveraineté, de gouvernance démocratique et de puissance politique s’imposent comme des priorités absolues. À Dakar, les parlementaires ne se sont pas contentés de discuter de l’avenir de la Francophonie – ils ont posé les bases d’une ambition africaine renouvelée, où chaque État défend sa vision et ses intérêts stratégiques avec détermination.
