Sénégal : la démocratie doit suivre son cours, insiste aminata touré

Le nouveau gouvernement sénégalais, dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, suscite des débats houleux. Composé de trente ministres, dont certains issus du Pastef, mais sans représentant majeur du parti de Ousmane Sonko, cette équipe incarne une rupture avec le mouvement politique qui a porté Bassirou Diomaye Faye au pouvoir. Aminata Touré, figure centrale de la coalition Diomaye Président, a accepté de s’exprimer sur cette transition politique dans un entretien exclusif.

Aminata Touré, chez elle à Dakar, lors d’un entretien en septembre 2022.

une légitimité démocratique incontestable

Aminata Touré : Il est essentiel de rappeler les principes fondamentaux de la démocratie sénégalaise. Le président Bassirou Diomaye Faye a été élu avec une majorité claire de 54 % par les citoyens. En tant que chef de l’État, il a le droit de nommer son Premier ministre, qui, à son tour, propose une équipe gouvernementale. Ce gouvernement reflète avant tout un choix d’efficacité. Les Sénégalais aspirent à des actions concrètes pour résoudre leurs défis quotidiens. La priorité doit être au travail, pas aux querelles politiques.

la cohabitation, un défi surmontable ?

Le Pastef, bien que majoritaire à l’Assemblée, n’a pas participé à ce gouvernement. Pourtant, plusieurs ministres en sont issus, et le président lui-même en fait partie. La clé réside dans le respect mutuel des institutions et des rôles de chacun. Si tous les acteurs politiques placent l’intérêt national au-dessus des ambitions personnelles, les tensions peuvent être évitées. Personne ne souhaite une crise institutionnelle qui ne servirait qu’à desservir le peuple. L’Assemblée, l’exécutif et le judiciaire doivent chacun assumer leurs responsabilités pour garantir la stabilité et la prospérité du pays.

reddition des comptes vs règlement de comptes

Certains craignent que l’absence de poids lourds du Pastef dans ce gouvernement signe la fin de la moralisation de la vie politique promise par le parti. Aminata Touré rejette cette idée : « Reddition des comptes ne signifie pas règlement de comptes. Ces deux concepts sont radicalement différents. » Ancienne ministre de la Justice, elle souligne que la justice doit rester indépendante. « Vous pouvez détester un adversaire politique, mais cela ne suffit pas pour le faire condamner. » Le président Diomaye Faye reste fermement engagé dans la reddition des comptes, mais refuse fermement toute logique de vengeance.

dette et fmi : une approche pragmatique

La question de la dette, souvent évoquée par Ousmane Sonko comme un tabou, doit être abordée avec pragmatisme. Aminata Touré explique : « Ce n’est pas une question idéologique, mais une réalité financière. Le Sénégal doit honorer ses engagements envers ses créanciers. » Elle plaide pour un reprofilage de la dette, plutôt qu’une restructuration brutale qui rappellerait les ajustements structurels des années 1980. « Le mot restructurer fait peur, car il évoque des coupes dans les programmes sociaux et des licenciements massifs. Nous ne voulons pas reproduire ces erreurs. » L’objectif est de trouver un équilibre entre les exigences des partenaires et la protection des populations.

2029 : l’échéance électorale divise-t-elle déjà ?

Certains observateurs s’interrogent : le refus du Pastef de participer au gouvernement ne cache-t-il pas une stratégie pour affaiblir l’exécutif et préparer la course à la présidentielle de 2029 ? Aminata Touré balaie cette hypothèse : « Chacun a le droit de vouloir devenir président. Mais les Sénégalais ne veulent pas d’une campagne électorale prolongée qui les détournerait des vrais enjeux. » Elle rappelle que l’urgence est au travail gouvernemental pour répondre aux besoins immédiats des citoyens. « La démocratie doit suivre son cours, mais sans précipitation inutile. L’important est de servir le peuple, pas de jouer des coudes pour 2029. »