Romuald Wadagni lance une tournée diplomatique au Sahel pour apaiser les tensions
Dès sa prise de fonction, le président béninois Romuald Wadagni a choisi de marquer son mandat par une initiative diplomatique d’envergure. Ce mardi 2 juin, il se rend simultanément à Niamey et à Ouagadougou, deux capitales sahéliennes avec lesquelles les relations du Bénin s’étaient fortement dégradées ces derniers mois. Cette première étape d’une tournée ouest-africaine vise à rétablir des ponts avec les voisins immédiats, dans un contexte où les équilibres régionaux se redessinent.
Une démarche de réconciliation au cœur du Sahel
Cette visite s’inscrit dans une volonté de tourner la page après des mois de tensions persistantes entre Cotonou, Niamey et Ouagadougou. Depuis les changements politiques majeurs survenus l’été dernier à Niamey et à Ouagadougou, les échanges entre les pays avaient pris un tour conflictuel. L’ancien président béninois, Patrice Talon, avait adopté une position perçue comme alignée sur les positions de la Cédéao, ce qui avait contribué à envenimer les relations avec les nouvelles autorités sahéliennes.
Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances connu pour son approche pragmatique, mise sur une diplomatie de terrain pour désamorcer les tensions. Cette double visite, programmée dès la deuxième semaine de son mandat, reflète une volonté claire de rétablir un dialogue constructif et de lever les contentieux accumulés, notamment autour de la fermeture de la frontière nigéro-béninoise et des questions sécuritaires transfrontalières.
L’enjeu économique du corridor Cotonou-Niamey
Au centre des discussions entre le président béninois et ses homologues sahéliens figure le corridor portuaire de Cotonou, essentiel pour l’approvisionnement du Niger enclavé. La suspension des échanges, consécutive aux sanctions imposées par la Cédéao puis au retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de l’organisation, a eu un impact économique majeur. Le port de Cotonou a vu son trafic vers le Sahel diminuer au profit d’autres hubs comme Lomé ou Tema.
Pour le Bénin, la restauration de la fluidité des échanges n’est pas seulement une question diplomatique, mais aussi une nécessité économique. Les recettes douanières et portuaires représentent une part importante des finances publiques. La normalisation des relations passera donc par la réouverture des points de passage et la levée des mesures restrictives imposées par les deux côtés. Les défis sécuritaires, notamment la lutte contre les groupes armés dans le parc W et le long des frontières communes, seront également au cœur des échanges.
Un équilibre diplomatique à trouver entre l’AES et la Cédéao
La mission de Romuald Wadagni s’annonce complexe. Bien que le Bénin reste membre de la Cédéao, il cherche à renouer un dialogue constructif avec l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023 par Niamey, Ouagadougou et Bamako pour marquer leur rupture avec l’organisation d’Abuja. Le président béninois doit donc naviguer entre ces deux dynamiques, sans donner l’impression de cautionner les transitions militaires ni de s’écarter des engagements régionaux du Bénin.
Le symbole de cette tournée n’est pas anodin. En privilégiant Niamey et Ouagadougou comme premières destinations en dehors de la zone côtière, Romuald Wadagni envoie un message fort à des partenaires historiques avec lesquels le Bénin partage des frontières et des défis sécuritaires communs. Les attaques répétées dans le nord du pays, attribuées à des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, rendent indispensable une coopération renforcée avec les forces sahéliennes.
L’accueil réservé par le général Tiani et le capitaine Traoré à cette initiative sera déterminant. Les autorités de transition sahéliennes ont jusqu’ici privilégié des partenariats avec Moscou et une diplomatie en marge des cadres traditionnels ouest-africains. Romuald Wadagni mise sur une voie béninoise, distincte des injonctions de la Cédéao, pour obtenir des résultats concrets au bénéfice des populations frontalières et des acteurs économiques.