Révolte des soldats nigériens : la junte Tiani face à la colère de l’armée

Le retour au calme dans les rues de Niamey ne saurait dissimuler la tempête politique qui couve. La tentative de putsch du 29 août a été étouffée grâce à l’appui des forces russes, mais elle laisse des cicatrices profondes au sein de l’armée nigérienne, où la rancœur envers le général Abdourahamane Tiani et son alliance avec Moscou ne cesse de croître.

Une rébellion matée, une légitimité ébranlée

Dans la nuit du 28 au 29 août, des soldats issus notamment de formations déployées sur les théâtres d’opérations du Sahel ont pris d’assaut des sites stratégiques de la capitale, dont la base aérienne 101 et des abords du palais présidentiel. Pendant de longues heures, le pouvoir a vacillé. C’est alors que Tiani a sollicité l’intervention de l’Africa Corps, la force paramilitaire russe héritière de Wagner, qui a participé à la reconquête des installations et à la neutralisation des mutins.

Ce fait est lourd de conséquences : des soldats nigériens ont été combattus sur leur propre sol par des forces étrangères venues protéger un régime issu d’un coup d’État. Le symbole est d’autant plus amer que la junte avait justifié son putsch par la défense de la souveraineté nationale et le départ des troupes françaises et américaines.

Une souveraineté à géométrie variable

Durant des années, Tiani et ses partisans ont dénoncé la présence militaire française comme une humiliation. Les soldats français sont partis, les Américains ont été priés de quitter le pays, les accords militaires occidentaux ont été dénoncés. Le régime claironnait alors que le Niger avait recouvré sa pleine indépendance.

Mais aujourd’hui, la question brûle : à quoi bon avoir chassé les Français si, quelques années plus tard, il faut appeler les Russes pour sauver son fauteuil ? Les Russes ne sont pas intervenus contre les jihadistes, mais contre des militaires nigériens en révolte. Cette réalité sape le discours souverainiste du pouvoir.

La frustration des troupes face à un pouvoir qui s’éloigne

La mutinerie du 29 août est le signe le plus alarmant de la fracture entre Tiani et son armée. Les soldats qui paient le prix fort dans les opérations contre l’État islamique et le JNIM voient leurs camarades tomber, souffrent de conditions matérielles précaires, et constatent que la promesse de sécurité de la junte reste lettre morte. Cette frustration a probablement alimenté la révolte.

Et lorsque ces soldats se retournent contre le pouvoir, ce sont les Russes qui viennent les affronter. Un affront intolérable pour ceux qui ont sacrifié leur vie pour la patrie. Comme le souligne un cadre militaire nigérien, « un soldat peut accepter de mourir pour son pays, mais il ne pourra jamais accepter que des étrangers tirent sur lui pour protéger un régime ».

Tiani, du libérateur au protégé de Moscou

Le renversement de Mohamed Bazoum en 2023 avait été justifié par la nécessité de sauver le Niger d’un leadership incompétent. Trois ans plus tard, la survie de Tiani dépend de l’Africa Corps. Celui qui prétendait rompre les chaînes de la tutelle étrangère a troqué une dépendance contre une autre.

Cette contradiction pourrait bien être le talon d’Achille du régime. Elle rappelle douloureusement l’ironie du sort : Bazoum, lui, avait refusé une intervention militaire française pour sa libération, privilégiant le dialogue. Ce choix aura permis à Tiani de consolider son putsch.

L’Algérie, nouveau soutien de Niamey

L’équation s’est encore complexifiée avec l’entrée en jeu de l’Algérie. Après la tentative de putsch, Alger a dépêché des moyens aériens à Niamey, un changement notable dans sa doctrine militaire. Bien que ses forces ne soient pas intervenues directement, ce déploiement envoie un signal fort : Tiani n’est plus seul.

Moscou assure la protection militaire, Alger apporte un soutien stratégique. Mais cette démonstration de force soulève une question troublante : combien de puissances étrangères faudra-t-il mobiliser pour maintenir un pouvoir qui perd l’adhésion de sa propre armée ?

Le volcan couve sous les casernes

La mutinerie du 29 août n’est peut-être que la première secousse d’un séisme plus profond. Les armes russes ont permis à Tiani de gagner une bataille, mais elles n’ont rien réglé sur le fond. Elles n’ont pas apaisé la colère des soldats, n’ont pas vaincu les jihadistes, n’ont pas ramené les morts à la vie, n’ont pas recréé le lien entre la troupe et le pouvoir.

Un régime peut tenir un palais avec des forces étrangères, reprendre une base, arrêter des mutins. Mais il ne peut indéfiniment gouverner contre une armée qui voit en lui un pantin aux ordres de Moscou. Le général Tiani ferait bien de regarder au-delà de ses murailles. Le danger ne vient ni de Paris, ni de Washington, mais des casernes nigériennes. Si les soldats qui ont vu leurs frères d’armes tomber sous les balles étrangères décident un jour de solder les comptes, la prochaine mutinerie pourrait être plus dévastatrice.

Les Russes peuvent protéger Tiani, l’Algérie peut le soutenir, mais aucune puissance étrangère ne remplacera la loyauté d’une armée nationale. Le régime a peut-être remporté la bataille du 29 août, mais il a perdu ce qu’il y a de plus précieux : la confiance de ceux qui portent l’uniforme.