L’interpellation, à peine quelques heures avant la fête de Tabaski, de l’imam sunnite Mohamed Ishaq Kindo a déclenché une onde de choc au Burkina Faso. Les circonstances de cette arrestation, menée par des forces encagoulées, restent floues : aucun communiqué officiel n’a été publié pour éclairer cette opération. Pourtant, la Fédération des associations islamiques du Burkina Faso (Faib) a immédiatement appelé au calme, tout en réclamant le respect des institutions.

Des témoins présents sur place ont rapporté que des fidèles ont tenté de s’opposer à l’interpellation, entraînant des affrontements qui ont blessé plusieurs personnes. Cette tension s’inscrit dans un contexte déjà électrique, marqué par le débat autour d’un projet de loi controversé sur les libertés religieuses. Ce texte, qui vise à renforcer la laïcité de l’État et à encadrer les lieux de culte, est vivement contesté par plusieurs associations musulmanes, qui exigent son retrait pur et simple.

Dans un message audio diffusé en début de semaine, l’imam Kindo avait appelé les responsables politiques à « réfléchir à deux fois avant d’agir », une prise de parole qui semble avoir accéléré sa mise sous les verrous. Peu après son arrestation, une manifestation de soutien s’est tenue à Ouagadougou, rapidement dispersée par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogènes.

Cette affaire n’est malheureusement pas isolée. Fin mars, l’imam Mahmoud Barro avait lui aussi disparu après avoir critiqué publiquement le même projet de loi, sans que son sort ne soit officiellement connu depuis.

Autre symbole de cette montée des restrictions : la suspension de l’Union générale des étudiants burkinabè (Ugeb), accusée d’« apologie du terrorisme » pour une publication dénonçant l’incapacité des autorités à endiguer l’insécurité et leurs promesses non tenues. Cette sanction, renouvelable tous les trois mois, frappe une organisation historique, fondée en 1960 et reconnue pour son engagement en faveur des droits étudiants et de la justice sociale.

Les ONG dénoncent un déni des libertés fondamentales

Human Rights Watch (HRW) a vivement réagi, qualifiant l’Ugeb de « voix essentielle dans les combats pour la transparence et la justice au Burkina Faso ». Un procureur de Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une enquête contre les auteurs de la publication litigieuse. Pour un ressortissant burkinabè en exil interrogé par HRW, cette affaire illustre une fois de plus l’emprise croissante du pouvoir judiciaire sur l’agenda politique et sécuritaire de la junte.

L’organisation internationale exhorte les autorités à abandonner les sanctions contre l’Ugeb et à « cesser d’étouffer les voix indépendantes et les libertés fondamentales ». Selon HRW, « réprimer les étudiants ne résoudra en rien la crise sécuritaire et de gouvernance qui s’aggrave au Burkina Faso, où les attaques djihadistes se multiplient ».

Il y a un mois, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) avait déjà interpellé les autorités burkinabè sur la nécessité de « garantir les droits et libertés de chaque citoyen ». Un appel resté sans écho, tandis que la peur s’installe progressivement dans la société. Les journalistes, notamment, peinent désormais à obtenir des témoignages, tant le risque de représailles est réel. Pourtant, la contestation persiste, à travers les réseaux sociaux et dans l’ombre des foyers burkinabè.