Obo : un missile de l’ancienne base américaine tiré par Wagner vers la RDC
La semaine dernière, un événement inquiétant a secoué la région frontalière entre la République centrafricaine et la République démocratique du Congo : des mercenaires du groupe Wagner ont lancé un missile sol-sol depuis Obo, une ville stratégique dans le Haut-Mbomou en Centrafrique, provoquant une vive appréhension des deux côtés de la frontière.

Pour saisir pleinement la portée de ce qui s’est déroulé dans la nuit du jeudi 26 février à Obo, il est essentiel de se pencher sur l’histoire récente de cette localité du Haut-Mbomou. Elle fut autrefois le théâtre d’une opération militaire d’envergure, menée par des forces spéciales américaines, visant à neutraliser un redoutable criminel de guerre en Afrique centrale.
Entre octobre 2011 et avril 2017, l’Opération Observant Compass fut une mission multinationale dont l’objectif principal était de démanteler la Résistance de l’Armée du Seigneur (LRA) et de capturer son chef, Joseph Kony. Sous commandement américain, une centaine de conseillers militaires, majoritairement des Green Berets aguerris en Afghanistan et au Pakistan, furent déployés en Ouganda, au Soudan du Sud et en République centrafricaine. Leur rôle était d’appuyer l’armée ougandaise dans sa lutte contre la LRA.
Les troupes américaines avaient établi plusieurs camps, notamment à Obo et Djema, en République centrafricaine. La base d’Obo, hautement sécurisée avec caméras de surveillance et barbelés, servit de quartier général aux Forces spéciales américaines durant plusieurs années. Cette ville reculée du Haut-Mbomou, proche de la frontière avec la RDC, était un point stratégique pour leur mission.
La cible prioritaire restait Joseph Kony, le leader du groupe rebelle ougandais LRA, tristement célèbre pour les enlèvements, les meurtres et les mutilations de milliers de civils, ciblant particulièrement les enfants dans le nord de l’Ouganda.
L’opération prit fin officiellement en avril 2017, avec le retrait des conseillers militaires américains de la région. Malgré leur départ, Joseph Kony n’avait toujours pas été appréhendé. En quittant les lieux, des équipements militaires — véhicules, divers matériels et, selon des informations locales, des armes, dont au moins un missile sol-sol — furent entreposés dans des conteneurs et abandonnés sur le site d’Obo.
Après le départ des forces américaines, la base fut d’abord occupée par les soldats des Forces armées centrafricaines (FACA). Cependant, il y a quelques mois, l’arrivée des mercenaires russes du groupe Wagner à Obo, appelés en renfort par le préfet du Haut-Mbomou, changea la donne. Ils prirent possession de l’ancienne base américaine, en expulsant les soldats FACA.
Une fois installés, les mercenaires de Wagner entreprirent une fouille systématique des conteneurs, récupérant armes, panneaux solaires et divers équipements. Selon des informations recueillies auprès de sources locales, le préfet avait même publiquement annoncé, avant les faits, que les mercenaires russes procéderaient à des tirs d’essai pour évaluer les armes découvertes : les fonctionnelles seraient conservées, les défectueuses jetées.
C’est dans ce contexte que s’est déroulée la soirée du jeudi 26 février. Les mercenaires de Wagner se sont postés sur le terrain de football d’Obo, en plein centre-ville, à la vue de tous. Ils y ont installé une arme de gros calibre et ont procédé au tir. Le projectile, tel une flamme brillante, a traversé le ciel nocturne, visible depuis plusieurs quartiers d’Obo. Il a survolé les villes de Mboki, puis Zemio, avant de franchir la frontière et de pénétrer en territoire congolais.
L’engin a finalement impacté le sol à environ cinq kilomètres du village de Zapay, en République démocratique du Congo, sans causer de victimes connues à ce jour.
La direction du tir n’était pas fortuite. En orientant le projectile vers la RDC plutôt que vers le nord, les mercenaires s’assuraient qu’il ne retomberait pas sur Bambouti, située à seulement 125 kilomètres. Zapay, à plusieurs centaines de kilomètres, offrait une marge de sécurité suffisante pour éviter des dommages immédiats côté centrafricain. La vaste forêt congolaise servait, d’après nos observations, de zone de chute délibérée.
À Zapay, la nouvelle de l’impact a plongé les habitants dans la peur. Ce village congolais accueille également des réfugiés centrafricains qui ont fui les exactions de Wagner en RCA. Certains d’entre eux se demandent si ce tir ne leur était pas destiné, un message suggérant qu’aucune frontière ne les mettrait hors de portée.
Ce qui est établi avec certitude, c’est que la milice Wagner représente la seule force présente à Obo capable de manipuler un tel armement lourd. Aucune autre entité dans cette ville, ni les FACA ni aucune autre milice, ne dispose des moyens nécessaires pour lancer un projectile capable de traverser une frontière internationale et de s’abattre à des centaines de kilomètres de son point de départ.
Des témoins ont vu les mercenaires manœuvrer l’arme sur le terrain de football, la pointer en direction du Congo et tirer. L’identité des responsables ne fait aucun doute.
À Zapay, des familles congolaises ont passé la nuit à scruter le ciel, dans l’incertitude et la crainte d’un nouvel impact.