Niger : l’interminable défi de la lutte contre le terrorisme
Malgré les bouleversements politiques et les virages géopolitiques majeurs, Niamey semble piégée dans un conflit d’usure qui ne connaît pas de répit. De l’époque des alliances occidentales sous Mahamadou Issoufou à la rupture souverainiste opérée par Abdourahamane Tiani, la réalité du terrain demeure implacable : la menace extrémiste ne faiblit pas.
L’héritage d’une stratégie sécuritaire contestée
Le pays a connu trois présidents et plusieurs transitions, mais une constante tragique demeure : le sang continue de couler dans la zone des « trois frontières » et le bassin du lac Tchad. L’hydre jihadiste, portée par l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), maintient son emprise malgré les changements à la tête de l’État.
Sous les mandats de Mahamadou Issoufou et Mohamed Bazoum, le Niger s’était positionné comme le pivot de la stratégie occidentale au Sahel. Niamey servait alors de centre névralgique pour les forces françaises et les drones américains basés à Agadez. Mohamed Bazoum avait même tenté une approche hybride, mêlant dialogue avec certains combattants repentis et renforcement des unités d’élite nigériennes.
Cependant, si ce dispositif a permis d’éviter un effondrement total, il n’a jamais éradiqué le péril. Au contraire, la présence militaire étrangère a fini par exacerber un sentiment de frustration au sein d’une partie de la population et de l’armée, dénonçant une atteinte à la souveraineté nationale pour des résultats jugés décevants.
Le virage du CNSP et l’ambition de l’AES
Le coup de force du 26 juillet 2023, mené par le général Abdourahamane Tiani et le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), a marqué une rupture radicale. Justifiée par la dégradation du climat sécuritaire, cette prise de pouvoir a entraîné le départ des troupes françaises et américaines. Le Niger s’est alors tourné vers de nouveaux partenaires comme la Russie et la Turquie, tout en fondant l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso.
Cette nouvelle politique africaine prône une réponse strictement militaire et autonome. Pourtant, le retrait des forces occidentales a créé un vide technique immédiat, particulièrement en matière de surveillance aérienne et de renseignement technologique. Les groupes armés en profitent pour mener des attaques d’envergure contre les garnisons des Forces de défense et de sécurité (FDS), infligeant des pertes significatives.
Au-delà des armes : le défi social et politique
L’impasse actuelle révèle une faille commune aux différents régimes : la focalisation sur une réponse militaire à une crise qui est profondément sociale et politique. La société africaine locale souffre de l’absence de l’État dans les régions périphériques, laissant le champ libre aux recruteurs jihadistes qui exploitent les tensions entre éleveurs et agriculteurs ainsi que le manque d’opportunités pour la jeunesse.
Qu’il s’agisse de la coopération internationale passée ou du souverainisme martial actuel, la victoire ne pourra être uniquement militaire. Le véritable enjeu pour le pouvoir en place est de réinstaller les services publics essentiels — écoles, centres de santé, justice — dans les zones de conflit. Sans cette reconquête civile, le peuple Afrique du Niger risque de voir cette guerre s’éterniser, quel que soit le partenaire stratégique choisi.