Mali : la menace grandissante du JNIM entre charia et junte
Mali : la menace grandissante du JNIM entre charia et junte
Entre l’intransigeance d’un pouvoir militaire affaibli et l’avancée des groupes jihadistes promettant un État fondé sur la charia, les Maliens se retrouvent piégés dans un dilemme sans issue.

Trois jours après les attaques simultanées du 25 avril, le chef de la junte malienne, le général Assimi Goïta, a choisi de taire les raisons de son absence temporaire. Dans son allocution du 29 avril, il a réaffirmé avec force que « la situation reste sous contrôle », alors même que le Front de libération de l’Azawad (FLA) consolidait sa présence à Kidal et que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM, affilié à Al-Qaïda) instaurait un blocus autour de Bamako. Le général a mis en avant la capacité militaire de son régime à contrer les groupes armés, sans pour autant éclaircir l’échec persistant de sa gouvernance après six années de prise de pouvoir par la force. Face à ce déséquilibre stratégique croissant, de nombreux Maliens envisagent désormais avec inquiétude la possibilité d’une prise de pouvoir par le JNIM et ses alliés. Une perspective qui effraie autant qu’elle semble plausible.
Un face-à-face sans issue : junte ou charia ?
L’hypothèse d’une victoire du JNIM se précise, d’autant que le groupe a clairement exposé ses intentions dans un communiqué : une fois au pouvoir, l’instauration de la charia figurerait parmi ses « priorités absolues ». Cette annonce résonne comme un avertissement dans les zones déjà sous influence jihadiste, où les populations subissent déjà les contraintes d’un ordre islamique strict. Certains opposants au régime militaire spéculent sur une éventuelle modération de la charia en cas de partenariat avec le JNIM, imaginant une forme de « charia allégée » pour renverser la junte. Pourtant, rien dans les déclarations du groupe ne laisse présager une telle conciliation. Entre un pouvoir militaire responsable du chaos ambiant et des jihadistes déterminés à imposer leur vision, les citoyens aspirant à un changement légitime se retrouvent enfermés dans une impasse.
Cette situation explosive est le résultat direct des choix du Comité national pour le salut du peuple (CNSP). En s’emparant de l’État par la force et en écrasant toute opposition politique — emprisonnements arbitraires, exil forcé, répression des voix dissidentes —, la junte a involontairement ouvert la voie à une contestation encore plus radicale. Le vide politique laissé par l’absence de démocratie a été comblé par des mouvements armés et des idéologies extrémistes, bien décidés à chasser un régime illégitime qui se drape dans une légitimité fictive.
Le « nouveau Mali » du JNIM : une promesse vide ?
Alors que le JNIM asphyxie Bamako par un blocus routier et menace l’économie nationale, la junte s’enferme dans un déni obstiné, multipliant les discours triomphalistes. Pourtant, derrière cette façade se cache une répression accrue contre ses propres soutiens, de plus en plus sceptiques. La récente arrestation de plusieurs militaires après l’offensive conjointe du 25 avril, ainsi que l’enlèvement de Mountaga Tall, avocat et figure politique majeure, le 2 mai, illustrent cette stratégie de terreur. Des méthodes qui rappellent étrangement les pratiques des autorités elles-mêmes.
Le communiqué du JNIM publié avant son assaut du 25 avril appelait à une « union sacrée » de toutes les forces vives du pays — partis politiques, armée nationale, leaders religieux, chefs traditionnels — pour mettre fin à la junte et instaurer une transition « pacifique et inclusive ». Ironie du sort, les putschistes avaient eux aussi promis un « nouveau Mali » à leur peuple. Mais à quoi ressemblerait celui du JNIM ? Entre les exigences radicales de la charia et les revendications étouffées de l’opposition, aucune garantie ne permet d’envisager un retour à un ordre démocratique. L’histoire du Mali, marquée par l’arbitraire militaire et l’absence de solutions politiques, laisse craindre le pire pour les populations, prises en étau entre deux menaces tout aussi redoutables.