Mali : faut-il vraiment négocier avec le jnim selon bruno fuchs ?
- Politique
Mali : faut-il vraiment négocier avec le JNIM selon Bruno Fuchs ?
Les déclarations du président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, Bruno Fuchs, ont suscité de vifs débats autour de la crise malienne. Lors d’un entretien récent, ce proche collaborateur d’Emmanuel Macron a défendu l’idée d’une négociation directe avec le Jamaat Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), une proposition qui divise autant qu’elle interroge.
Interrogé sur la position de la France face à la junte au pouvoir à Bamako, Bruno Fuchs a balayé les tensions persistantes entre Paris et ses partenaires africains sous le tapis des « irritants historiques ». Parmi eux, le franc CFA et les restrictions de visas, qu’il présente comme les principaux obstacles à une coopération apaisée. Pourtant, c’est sur le Mali que ses propos ont retenu toute l’attention.
Un scénario où la junte malienne serait « en position de faiblesse »
Bruno Fuchs a multiplié les affirmations péremptoires sur l’avenir politique du Mali, évoquant une « chute inéluctable » de la junte dirigée par Assimi Goïta dans « quelques semaines ou quelques mois ». Une prédiction qui contraste avec la réalité d’un pays plongé dans une guerre de plus de quatorze ans, où les populations subissent quotidiennement les conséquences d’un conflit sans fin. Le député centriste (Modem) a également évoqué la possibilité d’un dialogue avec le JNIM, un groupe affilié à al-Qaida, responsable de la mort de 57 soldats français au Sahel.
Selon lui, le JNIM serait prêt à déposer les armes à condition de participer à la vie politique du Mali. Une proposition qui soulève une question majeure : comment intégrer un mouvement djihadiste dans un cadre démocratique, sans compromettre les libertés publiques ni la stabilité du pays ? Bruno Fuchs a reconnu que cette perspective posait un « vrai problème politique », mais sans apporter de réponse concrète.
Deux scénarios pour un Mali en crise
Le député a détaillé deux hypothèses pour l’avenir du Mali. La première table sur une ouverture des négociations par la junte, permettant une transition de trois à six mois avant des élections. Une période transitoire qui, selon lui, pourrait voir l’arrivée d’un militaire non identifié, excluant Assimi Goïta. Le second scénario, plus alarmant, évoque une déstabilisation totale du pays, comparable à celle de l’Afghanistan. Une perspective que Bruno Fuchs souhaite éviter à tout prix, en raison des répercussions régionales potentielles, notamment pour des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Bénin.
Dans ce contexte, le député a également affirmé que les Russes négociaient leur départ du Mali, une affirmation qu’il a justifiée par la nécessité de protéger leurs intérêts économiques, notamment dans les mines d’or. Une position qui révèle les contradictions de la stratégie française, entre volonté affichée de tourner la page de la Françafrique et persistance des logiques d’influence.
La France face à ses contradictions
Bruno Fuchs a reconnu que la France devait apprendre à « travailler avec tout le monde », y compris avec des acteurs comme la Russie en Centrafrique. Pourtant, il a exclu toute collaboration avec les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel, illustrant ainsi les limites de cette ouverture. Ses propos laissent transparaître une vision où la légitimité de l’interventionnisme français prime sur celle des autres puissances, malgré les échecs militaires et politiques répétés.
En conclusion, les déclarations de Bruno Fuchs soulèvent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. Faut-il vraiment négocier avec le JNIM ? Et à quel prix ? Autant d’interrogations qui rappellent que la crise malienne ne se résoudra pas par des scénarios improvisés ou des prédictions hasardeuses.