Mali : des frappes de drone tuent dix civils lors d’un mariage traditionnel

Mali : des frappes de drone tuent dix civils lors d’un mariage traditionnel

Un drame endeuille la région de San au Mali après des frappes de drones militaires ayant causé la mort d’au moins dix civils, dont des jeunes en pleine préparation d’un mariage collectif à Téné. Cet événement illustre la détérioration alarmante de la situation sécuritaire dans le pays, marquée par des violences persistantes.

Les frappes, attribuées à l’armée malienne, ont visé la localité de Téné, située dans la région centrale de San. Ce bilan tragique survient dans un contexte de tensions extrêmes, après des attaques d’ampleur menées fin avril par des groupes armés, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ainsi que le Front de libération de l’Azawad (FLA), principalement composé de Touaregs.

Un moment de joie transformé en tragédie

Les victimes, majoritairement des jeunes, participaient aux préparatifs d’un mariage traditionnel collectif, un événement culturel d’importance pour la communauté locale. Selon un habitant de Téné, sous anonymat par crainte de représailles :

« Dix de nos enfants ont été tués par des tirs dont l’origine reste inconnue. Ce qui devait être un jour de célébration s’est mué en une profonde douleur pour notre village. »

Une source sécuritaire, également anonyme, a confirmé la réalité des frappes. Elle précise que le drame s’est produit alors que les habitants organisaient la seconde édition de ce mariage, un rassemblement majeur pour la cohésion sociale. Les drones auraient ciblé un cortège de motos, attirant leur attention et entraînant la mort d’au moins neuf personnes. Un élu local a, quant à lui, évoqué une dizaine de victimes, qualifiant cet événement de véritable deuil pour la communauté.

Une crise sécuritaire qui s’aggrave

Le Mali traverse une crise sécuritaire sans précédent depuis les offensives coordonnées des groupes armés fin avril contre les forces de la junte. Ces attaques ont affaibli davantage le pouvoir en place, qui a déjà perdu le contrôle de plusieurs zones stratégiques, dont la ville clé de Kidal. Parmi les pertes notables figure le ministre de la Défense, Sadio Camara, figure centrale de la junte, tué lors de ces affrontements.

Depuis le 30 avril, un blocus routier affecte les axes stratégiques menant vers Bamako, la capitale. Plusieurs véhicules de transport et de marchandises en direction de Bamako ont été incendiés par les jihadistes ces derniers jours, aggravant les difficultés d’approvisionnement et la précarité de la situation humanitaire.

Début mai, des attaques revendiquées par le JNIM ont de nouveau endeuillé le centre du pays, faisant de nombreuses victimes parmi les civils.

Par ailleurs, des organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont déposé plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Cette action vise à dénoncer les violations présumées commises au Mali, impliquant notamment les forces armées maliennes et leurs alliés russes.

Dans ce climat de violence généralisée, les civils paient un lourd tribut, souvent accusés de collaboration avec l’un ou l’autre camp, subissant ainsi des représailles de la part de l’armée, de ses alliés ou des groupes armés.