Macron à Nairobi, kigali et réformes majeures : les cinq actualités africaines à suivre
Emmanuel Macron lors d'une réunion à l’Élysée en mai 2026

Bienvenue dans ce tour d’horizon des cinq faits marquants de l’actualité africaine cette semaine. Voici les évolutions à surveiller de près.

1. Emmanuel Macron redéfinit la relation franco-africaine lors du sommet Africa Forward à Nairobi

Le tournant. Emmanuel Macron a accordé un entretien marquant avant le sommet Africa Forward de Nairobi, organisé les 11 et 12 mai. Une rupture claire est actée : l’aide publique au développement n’est plus un modèle viable. « Nous ne sommes plus dans une logique d’aide », a-t-il déclaré, privilégiant désormais la notion d’« investissement solidaire ». Ce discours s’adresse directement aux investisseurs privés, souvent freinés par des notations de crédit défavorables et une perception excessive des risques.

Les annonces. Le sommet, premier événement franco-africain organisé en Afrique de l’Est, a réuni une trentaine de chefs d’État, avec William Ruto en co-organisateur. Macron a dévoilé des engagements financiers majeurs : 23 milliards d’euros d’intentions d’investissement, dont 14 milliards provenant de la France (secteur public et privé confondus). Proparco, filiale de l’Agence française de développement, a signé pour 500 millions d’euros en une seule journée, soit près de 50 % de son budget annuel africain.

Un nouveau cap stratégique. En choisissant Nairobi, Emmanuel Macron envoie un signal fort : après les tensions avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la France se tourne vers l’Afrique de l’Est anglophone. Ce pivot s’explique par la recherche d’un partenaire crédible pour porter la réforme de l’architecture financière internationale lors du G7 de juin. Pour William Ruto, l’enjeu est de taille : un an avant l’élection présidentielle kényane, cette visibilité internationale est un atout majeur.

Le chiffre qui parle. L’aide publique au développement des pays de l’OCDE a chuté de plus d’un tiers en deux ans. La France a elle-même réduit son enveloppe de près de 2 milliards d’euros. Macron mise désormais sur le capital privé pour combler ce vide, mais les résultats concrets de cette stratégie restent à démontrer.

2. Africa CEO Forum à Kigali : le secteur privé africain appelé à passer à l’échelle supérieure

Discours de Paul Kagame lors de l'ouverture de l'Africa CEO Forum 2026 à Kigali

L’urgence d’agir. La 13e édition de l’Africa CEO Forum s’est tenue à Kigali sous le thème « scale or fail » – grandir ou échouer. Devant 2 800 dirigeants et huit chefs d’État, le message était sans ambiguïté : les marchés africains sont trop fragmentés, les échanges régionaux insuffisants, et le continent doit cesser d’avancer en ordre dispersé.

Un défi structurel. Sans champions continentaux capables de rivaliser à l’international, l’Afrique risque de rester un simple fournisseur de matières premières, de talents et de capitaux, sans en tirer la valeur ajoutée. Huit ans après le lancement de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), les obstacles persistent : barrières réglementaires, coûts logistiques élevés et échanges intra-africains encore marginaux.

La voix de Paul Kagame. Le président rwandais a résumé l’enjeu avec une formule percutante : « D’un côté, ils viennent nous donner des leçons sur les droits humains et de l’autre, ils viennent nous prendre nos minerais. On ne doit plus attendre de se faire arnaquer. »

3. Cameroun : la vice-présidence toujours vacante, la succession de Paul Biya en suspens

Le président camerounais Paul Biya avec son épouse Chantal à Yaoundé en avril 2026

Un fauteuil vide. Le décret réinstaurant la vice-présidence camerounaise a été signé, mais le poste reste vacant. À Yaoundé, les spéculations vont bon train : Paul Atanga Nji, Louis-Paul Motaze, Philémon Yang, Oswald Baboké… la liste des prétendants s’allonge chaque jour, tandis que Paul Biya tarde à trancher.

Les coulisses du pouvoir. Franck Biya, fils du président, devait être nommé vice-président dès l’adoption du décret d’avril. Sa première mission officielle : accueillir le pape Léon XIV. Le communiqué était prêt à être diffusé sur la CRTV, mais il n’a jamais été publié. Selon les observateurs, c’est Chantal Biya qui aurait bloqué la décision in extremis, préférant soutenir son propre fils, Franck Hertz. Derrière ces tergiversations se joue en réalité la question de la succession présidentielle.

4. Sénégal : la réforme constitutionnelle avantagerait-elle Ousmane Sonko ?

Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye lors d'un événement politique au Sénégal en octobre 2025

Les changements clés. Un avant-projet de révision constitutionnelle a été rendu public le 27 avril. Deux modifications majeures se dessinent : le président sénégalais devrait désormais définir la politique nationale « en concertation » avec son Premier ministre, et ce dernier obtiendrait un droit autonome de saisine de la future Cour constitutionnelle, indépendamment de la volonté présidentielle. Autre point notable : Bassirou Diomaye Faye serait interdit de diriger un parti ou de faire campagne, tandis qu’Ousmane Sonko conserverait toute latitude pour rester à la tête de Pastef.

Un risque institutionnel. L’article 49 reste inchangé : Faye pourrait toujours limoger Sonko du jour au lendemain. Cependant, si les tensions entre les deux hommes, déjà visibles depuis plusieurs mois, venaient à éclater, le Sénégal se retrouverait face à une situation inédite : un leader de parti majoritaire au Parlement, renforcé constitutionnellement, contraint à l’opposition depuis le poste de Premier ministre.

5. Philippe Lalliot, le nouveau visage de la diplomatie française au Maroc

Philippe Lalliot, nouveau ambassadeur de France au Maroc, lors d'une réunion au Quai d'Orsay en mars 2026

Un profil gestionnaire. Philippe Lalliot, 60 ans, succède à Christophe Lecourtier au poste d’ambassadeur de France au Maroc. Emmanuel Macron a personnellement choisi ce diplomate pur produit du Quai d’Orsay, actuellement directeur du Centre de crise et de soutien. Son profil de gestionnaire de crises correspond parfaitement à la nouvelle ligne française vis-à-vis de Rabat : moins politique, plus technique.

Deux défis immédiats. Lalliot hérite d’une relation bilatérale en pleine amélioration mais encore inachevée : un traité d’amitié toujours en négociation et une visite d’État de Mohammed VI en France sans date officielle. Par ailleurs, la France représente près de 30 % des investissements directs étrangers au Maroc. Paris souhaite accélérer les échanges, tandis que Rabat avance méthodiquement, dossier par dossier.