L’impasse des créances publiques au Togo : un défi pour le financement des entreprises

Les entrepreneurs locaux œuvrant dans le cadre de la commande publique au Togo se heurtent à une réalité préoccupante : le retrait progressif de l’accompagnement bancaire. Cette situation impacte directement le secteur privé, où les petites et moyennes entreprises (PME) ainsi que les prestataires de l’État observent un durcissement des conditions d’octroi de crédits et de préfinancements. Ce phénomène freine considérablement l’avancement de nombreux chantiers et marchés d’infrastructures essentiels au développement du pays.

L’engrenage des créances non réglées, un frein majeur

Au cœur de cette réticence des institutions financières se trouve un problème structurel profond : l’accumulation de créances impayées résultant de l’exécution des marchés publics. Pour mener à bien les travaux commandés par les administrations, les entreprises dépendent massivement des emprunts bancaires. Cependant, les retards de paiement, qu’ils proviennent du Trésor public ou d’autres entités étatiques, rompent la chaîne de remboursement. Les entreprises se retrouvent alors dans l’incapacité d’honorer leurs échéances bancaires en temps voulu.

Impact direct sur la rentabilité des banques togolaises

Le Dr LANDOZI Saharou, spécialiste en finance d’entreprise et économiste, éclaire les mécanismes bancaires qui entravent aujourd’hui l’accès au crédit. Il explique : « Quand un marché public subit des retards de paiement, le crédit bancaire associé se dégrade progressivement, basculant vers la catégorie des créances douteuses ou en souffrance (NPL). Conformément aux exigences prudentielles de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la banque doit alors immobiliser ses fonds propres en constituant d’importantes provisions de couverture. Cette contrainte réduit d’autant sa liquidité et sa capacité à octroyer de nouveaux financements. »

Ce tableau s’est concrétisé par des pertes nettes cumulées pour la place financière togolaise à l’issue de l’exercice 2025 au sein de la zone UMOA. Ces pertes sont directement attribuables au poids des provisions exigées pour couvrir les créances en souffrance liées aux projets de commande publique, affectant la vitalité du secteur bancaire togolais.

Le quotidien des PME : entre exigences étatiques et blocages bancaires

Sur le terrain, les responsables de PME du BTP décrivent un blocage opérationnel quotidien et une situation intenable :

  • « Nous sommes pris entre deux feux. D’un côté, l’État exige que les travaux progressent selon les cahiers des charges. De l’autre, les banques gèlent nos lignes de découvert dès qu’un décompte accuse du retard. Nous servons de fusible, absorbant les chocs de trésorerie sur nos propres fonds, ce qui épuise notre capital de roulement. »
  • « Les banques exigent désormais des garanties réelles presque impossibles à fournir pour de simples préfinancements de marchés. Sans un mécanisme d’aval ou de garantie publique, les petites entreprises locales ne peuvent plus rivaliser face aux grands groupes. »

Vers un partage équitable des risques pour relancer le financement

Face à cette impasse, le Dr LANDOZI Saharou et d’autres experts financiers proposent une révision profonde de la gouvernance de la commande publique au Togo, en instaurant un modèle de partage des risques. Plusieurs pistes sont explorées pour dynamiser le financement et soutenir la politique africaine de développement :

  • Création d’un fonds de garantie dédié : Ce fonds sécuriserait les engagements des PME auprès des banques, permettant de réduire les taux de provisionnement exigés et de libérer des liquidités.
  • Utilisation de comptes séquestres : Ces comptes assureraient la traçabilité et l’affectation directe des décomptes publics au remboursement des prêts bancaires accordés, garantissant une meilleure visibilité aux banques.
  • Titrisation des arriérés : Transformer les créances publiques accumulées en titres négociables pourrait assainir le bilan des banques et libérer des capitaux pour de nouveaux financements.

Selon le Dr LANDOZI Saharou, la mise en œuvre de ces réformes permettrait aux banques commerciales de retrouver pleinement leur rôle de moteur économique, favorisant la société africaine et le peuple Afrique en général. Elles pourraient « rester rentables tout en continuant de financer le développement national et la commande publique en toute sécurité », contribuant ainsi activement à l’actualité africaine citoyenne et à la croissance du Togo.