« Il n’y a ni gagnant, ni perdant. » Le 22 février 1997, Michel Denisot, président délégué du PSG, tente de minimiser l’impact du départ d’Anelka. Le club parisien encaisse 5 millions de francs (équivalant à 1,19 million d’euros actuels), mais le jeune attaquant, dont le salaire mensuel passe de 3 800 francs à 500 000 francs en signant à Londres, s’impose comme le grand bénéficiaire de cette transaction. Son salaire explose, tout comme son ambition.
« Les dirigeants du PSG présentent l’affaire comme ça les arrange. Ils disaient que je ne partirais pas et qu’il n’y aurait jamais d’accord avec Arsenal. Finalement, il y a un accord et je pars. Alors, qui est le perdant ? » Anelka, accompagné de son père, signe avec Arsenal l’après-midi même de l’annonce, scellant son destin à Londres et clouant le bec aux dirigeants parisiens.
Un parcours fulgurant au PSG
Formé à Clairefontaine, Anelka fait ses débuts en D1 avec le PSG en février 1996. En septembre de la même année, il s’illustre face au Lens (4-0) en marquant un but et délivrant une passe décisive. Son entraîneur, Ricardo, le surnomme alors : « Vous vouliez un joker ? Vous l’avez. » Pourtant, malgré ce coup d’éclat, le jeune joueur peine à s’imposer dans un effectif pléthorique en attaque.
L’arrivée en prêt de Cyrille Pouget en décembre 1996, perçue comme un manque de confiance, achève de décourager Anelka. Le 11 janvier 1997, il informe le PSG de son intention de quitter le club à l’issue de son contrat d’aspirant. Arsenal, séduit par son profil, saisit l’opportunité.
Un bras de fer juridique sans précédent
Le 13 janvier, David Dein, vice-président d’Arsenal, envoie un fax au PSG : « Conformément aux règlements internationaux, nous allons prendre contact avec votre joueur Nicolas Anelka. » Le lendemain, Anelka et son père signent un contrat de six ans avec les Gunners, valable à partir du 1er juillet. Le club parisien, humilié, exclut immédiatement le jeune joueur du groupe professionnel et menace de le prêter au Servette FC jusqu’à la fin de la saison.
« Anelka n’est pas libre et ne peut pas signer à Arsenal. » Noël Le Graët, président de la Ligue nationale de football, prend position contre le transfert. Il demande à la FFF de refuser à Anelka sa lettre de sortie, invoquant la charte française obligeant un apprenti à signer son premier contrat pro avec son club formateur.
Arsène Wenger, manager d’Arsenal, rétorque avec assurance : « Les lois européennes me rendent serein. Anelka peut, à l’expiration de son contrat en juin, rejoindre Arsenal sans indemnité, conformément à l’arrêt Bosman de décembre 1995. » Le technicien alsacien rappelle que la réglementation française, contestée sur le plan continental, ne peut s’appliquer hors des frontières nationales.
Sepp Blatter, secrétaire général de la FIFA, enfonce le clou : « Les Français s’émouvraient-ils des départs de jeunes joueurs africains ou sud-américains vers l’Europe ? Pourquoi s’offusquer pour Anelka alors qu’il est en âge de choisir sa carrière ? »
Une résolution précipitée
Face à l’imminence d’un verdict de la FIFA et à l’ampleur du litige, le PSG et Arsenal trouvent un accord en moins de 48 heures. Michel Denisot admet : « Cela a fait du bruit à l’époque parce qu’un très grand joueur partait libre au sortir de sa formation. Nicolas était un jeune joueur. Avec Ricardo, on avait le souci de l’emmener le plus haut possible, tout en le protégeant. Lui voulait partir. C’est comme ça. On avait très peu de marge. »

Arsenal ne regrettera pas son investissement : malgré un début de saison discret (4 apparitions en 1996-1997), Anelka explose les deux années suivantes. En 1998-1999, il devient le premier joueur non-britannique à remporter le trophée de Meilleur jeune joueur de Premier League. Mais son passage à Londres sera de courte durée : en 1999, il signe au Real Madrid pour 220 millions de francs (51,6 millions d’euros), après un nouveau bras de fer contractuel.
De son côté, Michel Denisot gardera une relation apaisée avec Arsène Wenger. Il déclarera plus tard : « Je m’entendais bien avec lui. Plus tard, quand j’étais président de La Berrichonne de Châteauroux, j’ai eu à traiter le transfert de Gilles Sunu à Arsenal et tout s’est très bien passé. »
