Le retour de macky sall divise le Sénégal

Un retour controversé sous haute tension

Le Sénégal retient son souffle : Macky Sall, ancien président défait en 2024 et aujourd’hui en exil, atterrit ce vendredi 17 juillet sur le tarmac de l’aéroport militaire de Yoff, à Dakar. Une arrivée en grande pompe, marquée par une rencontre attendue avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Un rendez-vous qui, loin d’apaiser les tensions, ravive les blessures d’un passé encore proche.

L’annonce de cette visite, intervenue deux ans après la fin de son mandat, a provoqué un tollé dans une partie de la population. Pour ses détracteurs, ce retour symbolise la résurgence de l’ancien système, celui-là même que le président actuel avait promis de balayer lors de sa campagne électorale.

Des cicatrices encore vives

Le passif entre les deux hommes est lourd. En 2024, quelques semaines avant le scrutin présidentiel, Bassirou Diomaye Faye était encore incarcéré à la prison du Cap Manuel, aux côtés de centaines d’autres militants de son parti, le Pastef. Parmi eux, Aly Coly, qui avait partagé le sort de sept autres membres de sa famille, détenus pendant des mois. « Ils ont même enfermé ma femme et mon bébé de trois mois simplement parce qu’ils portaient les couleurs du Pastef. Aujourd’hui, alors qu’ils me parlent de ce retour, je me demande comment on peut accepter de serrer la main de celui qui a tout orchestré. »

Les chiffres de l’époque parlent d’eux-mêmes : plus d’un millier de détenus politiques, des dizaines de morts lors des manifestations réprimées entre 2021 et 2024. Des événements qui avaient servi de tremplin à la victoire de Bassirou Diomaye Faye et à son mentor, Ousmane Sonko. Pourtant, deux ans après, aucune enquête n’a été ouverte, aucun responsable n’a été inquiété. « C’est le retour de l’impunité, et les Sénégalais ne sont pas dupes », lance Aly Coly, amer.

Une candidature onusienne aux relents de polémique

Derrière ce déplacement éclair, un objectif affiché : soutenir la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Une ambition qu’il avait déjà présentée devant l’assemblée générale le 22 avril dernier, se présentant en défenseur du multilatéralisme. Mais jusqu’ici, son projet n’a pas convaincu, faute de soutien de l’Union africaine et de son propre pays. Une situation qui pourrait évoluer si Bassirou Diomaye Faye lui accorde son aval.

Pourtant, l’idée même d’une telle nomination horrifie une partie de la population. « L’ONU a pour mission de protéger les droits humains. Comment imaginer quelqu’un à sa tête après avoir laissé faire 60 morts pendant son mandat ? », s’indigne Aly Coly. À l’inverse, certains y voient une opportunité pour le Sénégal. Maurice Soundieck Dione, professeur de sciences politiques à l’université Gaston Berger, y voit un « levier pour renforcer l’image du pays, attirer les investisseurs et sécuriser des capitaux étrangers ».

Un jeu politique aux multiples enjeux

Pour Bassirou Diomaye Faye, ce rapprochement avec son prédécesseur pourrait s’avérer stratégique. Depuis plusieurs mois, les tensions avec Ousmane Sonko, président de l’assemblée nationale et figure tutélaire du Pastef, s’exacerbent. Un divorce qui fragilise le camp présidentiel et pousse le chef de l’État à chercher de nouveaux alliés, quitte à trahir ses promesses de rupture.

Les récents limogeages et nominations polémiques ont déjà nourri les critiques. « Beaucoup estiment que Diomaye Faye trahit Sonko et renie ses engagements. Au Sénégal, c’est culturellement très mal perçu », explique Maurice Soundieck Dione. La rencontre de vendredi pourrait donc être interprétée comme un pas vers l’isolement du président… ou le début d’une nouvelle dynamique.

Reste à savoir si cette visite sera un tournant ou un simple feu de paille dans un paysage politique sénégalais plus que jamais fracturé.