Le retour de Macky Sall à Dakar : enjeux d’une rencontre au sommet
La capitale sénégalaise se prépare à accueillir Macky Sall pour un retour, certes éphémère, mais d’une portée politique inédite depuis le transfert de pouvoir survenu en avril 2024. L’ancien chef de l’État sénégalais a lui-même confirmé, via ses plateformes sociales le mardi 14 juillet 2026, sa venue à Dakar ce vendredi 17 juillet pour s’entretenir avec le président Bassirou Diomaye Faye. Bien que son séjour soit annoncé comme court, les implications politiques de cette rencontre dépassent largement le cadre d’une simple visite de courtoisie.
Au cœur des discussions annoncées figure la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’ancien président, qui s’est retiré discrètement de la scène publique depuis la fin de son mandat, cherche à obtenir un soutien institutionnel de Dakar pour appuyer sa démarche sur la scène multilatérale. Un tel appui est, en pratique, indispensable pour toute chance sérieuse de succès dans la course au prestigieux Palais de verre.
La candidature à l’ONU : un « oui » de Dakar indispensable
L’accès au poste de secrétaire général des Nations unies est régi par des principes diplomatiques rigoureux. Aucun candidat ne peut espérer progresser sans l’approbation formelle de son État d’origine, une condition préalable à toute négociation au Conseil de sécurité. Pour Macky Sall, obtenir un signal positif de Bassirou Diomaye Faye représente donc l’étape fondamentale d’une trajectoire qui, si elle se concrétise, s’étendra sur plusieurs mois de tractations intenses à New York.
Le facteur temps est également crucial. Le mandat d’António Guterres, actuel secrétaire général, prendra fin en 2026. La rotation géographique, un principe non écrit qui guide ces désignations, pourrait cette fois-ci favoriser un candidat africain. Le continent n’a en effet pas occupé cette fonction depuis Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan. Le Sénégal dispose ainsi d’une opportunité historique unique, à condition que ses autorités actuelles acceptent de soutenir la candidature d’un prédécesseur avec lequel elles sont politiquement en désaccord. C’est un point clé pour la politique africaine.
Une entrevue lourde de sens politiques
La relation entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye demeure profondément marquée par le contexte de la transition politique. L’actuel chef de l’État, dont l’ascension au pouvoir a été en partie orchestrée depuis la prison, incarne une rupture claire avec l’héritage de son prédécesseur. Plusieurs audits de gestion et des procédures judiciaires ciblant d’anciens dignitaires du régime Sall ont alimenté un climat de tensions persistantes entre les deux camps.
Dans ce contexte particulier, l’entretien du 17 juillet va bien au-delà de la seule question onusienne. Il soulève implicitement la question du statut de l’ancien président dans la vie politique nationale, celle des garanties éventuelles pour son entourage, et le positionnement diplomatique du Sénégal à l’approche d’échéances multilatérales majeures. La brièveté annoncée du séjour suggère que les deux hommes cherchent avant tout à circonscrire un dossier précis, sans ouvrir un dialogue politique plus vaste sur la société africaine.
Un enjeu diplomatique majeur pour le Sénégal
Pour Bassirou Diomaye Faye, cette démarche exige une décision délicate. Soutenir la candidature de Macky Sall conférerait à son prédécesseur une envergure diplomatique accrue, tout en offrant au Sénégal un atout significatif sur la scène internationale. À l’inverse, un refus ou une temporisation compromettrait sérieusement la démarche de l’ancien président et exposerait Dakar à des critiques, tant de la part de ses partenaires africains que de segments de l’opinion sénégalaise soucieux du rayonnement du pays.
Le Sénégal met également en jeu une partie de sa crédibilité auprès de l’Union africaine, dont le soutien collectif à un candidat unique est déterminant pour influencer le Conseil de sécurité. Aucune position officielle de la présidence sénégalaise n’a encore été communiquée concernant la démarche de Macky Sall, l’exécutif privilégiant manifestement une communication prudente avant cette entrevue cruciale pour l’actualité africaine citoyenne.
Quoi qu’il en soit, ce rendez-vous du 17 juillet marquera la première interaction publique entre les deux hommes depuis la transition d’avril 2024. Il pourrait potentiellement ouvrir une nouvelle séquence de normalisation politique, indispensable au pays alors que les réformes économiques et institutionnelles portées par le tandem Faye-Sonko nécessitent un climat apaisé.