Le Burkina Faso tourne le dos à la démocratie selon le chef de la junte

Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte au pouvoir depuis septembre 2022, a clairement exprimé son rejet de la démocratie lors d’une déclaration publique. Selon lui, le peuple burkinabè doit « oublier » ce système politique, jugé incompatible avec les réalités du pays.

Le chef de la junte au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, à Ouagadougou le 15 octobre 2022

Cette prise de position intervient alors que la junte a récemment adopté une charte lui permettant de prolonger son mandat de cinq ans supplémentaires, repoussant ainsi toute perspective électorale au-delà de juillet 2024. Le capitaine Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, se trouve désormais en position de briguer les postes de président, député et maire lors d’élections prévues après cette période.

une transition politique en péril

Initialement prévue pour s’achever en juillet 2024, la transition politique entamée après le premier putsch de janvier 2022 a été entièrement révisée par la junte actuelle. En octobre 2025, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a été dissoute, suivie en février dernier par la suspension définitive des partis politiques, déjà interdits d’activité.

« On ne parle même pas d’élections pour l’instant (…) il faut que les gens oublient la question de la démocratie, car la démocratie, ce n’est pas pour nous », a déclaré le capitaine Traoré lors d’un entretien télévisé diffusé sur la RTB, la chaîne publique. « Nous ne sommes pas dans une démocratie », avait-il affirmé dès l’année précédente.

Cette allocution, retransmise en direct, a marqué les esprits par sa longueur inhabituelle de plus de deux heures, réunissant des journalistes locaux et internationaux, dont ceux de la Rai (Italie) et de Sky News (Royaume-Uni). Une ouverture médiatique rare pour un régime souvent critiqué pour son hostilité envers les médias étrangers.

restrictions accrues et tensions politiques

Depuis son accession au pouvoir, le régime militaire, hostile aux anciennes puissances coloniales et particulièrement à la France, a multiplié les mesures restrictives. Plusieurs médias internationaux ont vu leur diffusion suspendue ou interdite, tandis que des journalistes étrangers ont été expulsés du territoire.

Le capitaine Traoré a également évoqué le sort de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, renversé en septembre 2022. Accusé d’être l’instigateur de plusieurs tentatives de coup d’État et de corruption, ce dernier a été récemment extradé du Togo et se trouve désormais sous la juridiction burkinabè.

« Un juge l’a déjà rencontré (…) il est désormais entre les mains de la justice »

Le pays fait face depuis près de dix ans à une insurrection jihadiste responsable de milliers de morts. L’armée burkinabè et ses forces auxiliaires, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), sont régulièrement pointés du doigt par les ONG pour des exactions commises contre des civils. Le chef de la junte a catégoriquement nié ces accusations, déclarant qu’« il n’y a pas de preuves ».

Concernant l’appui extérieur, Ibrahim Traoré a reconnu que la Russie, son principal allié, fournissait du matériel militaire, mais a précisé que « personne ne forme l’armée burkinabè ». Il a ajouté que « sur le terrain, ce sont les soldats burkinabè qui se battent ».