Au-delà des remaniements ministériels déjà observés dans l’administration sénégalaise, une stratégie plus profonde se dessine sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye : celle de la constitution d’un réseau de fidèles prêts à servir ses ambitions politiques. Cette approche, qualifiée par certains d’« vivier Diomaye compatible », vise à terme à renforcer l’emprise de la coalition présidentielle et du futur parti du chef de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Cependant, cette méthode suscite des inquiétudes croissantes, y compris au sein des partisans historiques du mouvement. En effet, en bâtissant patiemment un réservoir de cadres entièrement dévoués, le pouvoir pourrait inciter certains militants patriotes actuellement en poste dans des agences publiques à prendre leurs distances avec leur ancien mentor, Ousmane Sonko. Une évolution qui, à terme, risquerait de marginaliser Pastef de l’appareil d’État qu’il a pourtant contribué à conquérir.
Le refus catégorique d’Ousmane Sonko d’intégrer ses proches au nouveau gouvernement, après son propre départ forcé de l’exécutif, n’a pas fait l’unanimité parmi ses proches. Certains, comme l’ex-ministre Birame Souleye Diop, considéré comme l’un des piliers du parti, auraient même plaidé pour le maintien de représentants patriotes au sein des institutions. Une position analysée par un opposant comme une décision calculée : éviter que ses ministres, une fois nommés, ne soient progressivement absorbés par l’influence présidentielle plutôt que par celle du parti.
Cette bataille pour le contrôle des relais politiques et administratifs s’inscrit dans un contexte de tensions accrues entre les deux anciens alliés, alimenté par les désaccords autour de la réforme constitutionnelle. La question reste entière : cette stratégie du « vivier » suffira-t-elle à consolider durablement l’ancrage politique du président ? Ou, au contraire, achèvera-t-elle de fracturer une coalition déjà fragilisée par les défections ?