La mystérieuse Africa Corps : une nouvelle force russe au Mali

Africa Corps : la milice russe qui redéfinit la politique africaine, notamment au Mali

Considérée comme une branche militaire russe discrète à l’échelle internationale, Africa Corps a récemment été contrainte de se retirer d’une position stratégique de la junte malienne. Malgré cet événement, elle demeure un acteur clé pour Moscou dans le Sahel.

Le Mali a été le théâtre d’événements majeurs récemment. Dans l’est du pays, une coalition de rebelles touaregs et de groupes armés a réussi à s’emparer de Kidal, un bastion stratégique que la junte au pouvoir et la milice Africa Corps contrôlaient fermement depuis plusieurs années. Suite à des affrontements intenses et des négociations, cette organisation paramilitaire russe a finalement opéré un retrait. Malgré ce revers, son influence reste considérable dans la région, bien au-delà des frontières maliennes, marquant l’actualité africaine.

Considérée comme l’une des entités militaires les plus secrètes de la Russie, Africa Corps a vu le jour en 2023. Son existence a été révélée le 20 novembre par un blogueur militaire, relayant les déclarations d’Igor Korotchenko, un ancien colonel et journaliste réputé proche du Kremlin. Il est indiqué que cette organisation opérerait sous la supervision directe du vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov.

Cette annonce coïncide avec le déclin du groupe Wagner, qui, depuis sa fondation en 2014, était le fer de lance des intérêts russes à l’étranger, particulièrement en Afrique. Les figures emblématiques de Wagner, l’oligarque Evgueni Prigojine et l’ex-officier des services de renseignement russes Dmitri Outkine, ont péri dans un accident d’avion énigmatique en août 2023, peu après la tentative de rébellion armée de Prigojine contre Moscou.

Dans ce contexte de transition et de turbulences, Africa Corps s’efforce de reprendre les rênes des opérations de son prédécesseur sur le continent. Une source gouvernementale américaine décrivait Africa Corps comme un rival de Wagner, destiné à absorber ses activités et son personnel en Afrique. Caractérisée par une structure rigide et centralisée, cette nouvelle milice est étroitement supervisée par Moscou, ce qui impacte directement la politique africaine.

À l’instar du groupe Wagner, dont le nom rendait hommage au compositeur préféré d’Adolf Hitler, la nouvelle entité paramilitaire a choisi une appellation qui fait directement référence au régime nazi. Elle s’inspire de l’« Afrikakorps », une force qui a combattu pour le Troisième Reich en Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale.

Des objectifs clairement définis pour les peuples africains

Dès sa genèse, Africa Corps a exposé ses ambitions. Le groupe a pour mission de « mener des opérations militaires d’envergure sur le continent (africain) afin de soutenir les pays désireux de s’affranchir de la dépendance néocoloniale, d’éliminer la présence occidentale et d’accéder à une souveraineté pleine et entière », a précisé Igor Korotchenko. Cette approche vise à remodeler la société africaine.

L’organisation se veut toutefois plus discrète que le groupe Wagner, fréquemment accusé de crimes de guerre et de répression violente des populations locales. Les efforts d’Africa Corps se concentrent sur le renforcement des liens avec les gouvernements africains alliés de la Russie, en leur fournissant des soldats et du matériel militaire. Progressivement, cette branche armée étend son influence, d’abord au Burkina Faso, puis en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger, touchant ainsi de nombreux peuples africains.

Une présence significative au Mali

À partir de 2024, Africa Corps a supplanté la présence de Wagner au Mali, déployant des centaines, voire des milliers de combattants. Plusieurs chefs wagnériens, accompagnés d’une partie de leurs troupes, ont même intégré ses rangs dans la région. Depuis, l’organisation s’emploie à soutenir la junte au pouvoir à Bamako face aux rebelles touaregs. Pour Moscou, c’est une stratégie pour étendre son influence régionale après le retrait progressif des puissances occidentales, dont la France. Cela lui permet également de peser sur les routes migratoires et d’accéder aux précieuses ressources minières du pays.

Bien que son mode d’action sur le terrain soit perçu comme moins violent que celui de Wagner, Africa Corps a fait l’objet de sanctions internationales à plusieurs reprises. En 2024, le Royaume-Uni a notamment accusé le groupe d’avoir « commis des violations généralisées des droits humains sur tout le continent » et d’« exploiter les ressources naturelles de ces pays à des fins lucratives », des actions qui interpellent la voix des peuples africains.