La liberté d’association en péril au Mali face à la multiplication des dissolutions

Au Mali, la récente mesure prise par le ministère de l’Administration territoriale visant à dissoudre une importante organisation étudiante s’inscrit dans une tendance de fond marquée par une restriction croissante des libertés civiles.

Les autorités ont officiellement mis fin aux activités de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM). Le gouvernement justifie cette décision par des accusations de violences récurrentes au sein des établissements scolaires et universitaires. Des rapports mentionnent également que des membres de l’organisation auraient été interpellés par le passé en possession de stupéfiants, d’armes et de fonds dont l’origine n’a pu être justifiée.

Une pression accrue sur les organisations de la société civile

Cette dissolution est loin d’être un cas isolé. En l’espace de quelques mois, quatre structures majeures ont été interdites par le pouvoir en place :

  • La Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS), qui militait pour un retour à l’ordre constitutionnel, a été dissoute sous prétexte de constituer une menace pour la sécurité nationale.
  • L’organisation politique Kaoural Renouveau a subi le même sort après avoir tenu des propos jugés subversifs à l’encontre de la junte.
  • L’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance a été fermé suite à ses analyses critiques sur le déroulement des scrutins, les autorités invoquant un risque de trouble à l’ordre public.

Un espace civique qui se réduit drastiquement

Depuis le coup d’État de 2021, le Mali traverse une période de durcissement politique où la dissidence pacifique est de moins en moins tolérée. Cette répression touche non seulement les associations, mais aussi les médias et l’opposition politique. Un exemple frappant de cette tension est la disparition forcée du colonel de gendarmerie Alpha Yaya Sangaré, survenue peu après qu’il a publié un ouvrage traitant des actions des forces armées maliennes.

Face à cette situation, la Commission nationale des droits de l’homme du Mali a exprimé son inquiétude, dénonçant une stratégie systématique de suspension des libertés publiques. De son côté, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, par la voix de Seif Magango, a également alerté sur les conséquences de ces fermetures d’organisations.

Alors que le pays est dirigé par un gouvernement de transition depuis plusieurs années, le maintien d’un espace politique ouvert et sécurisé est primordial. La restauration des organisations dissoutes et la protection des droits fondamentaux apparaissent comme des étapes nécessaires pour garantir l’expression démocratique au Mali.