La justice helvétique rouvre une enquête sur un contrat pétrolier impliquant gunvor

Le géant genevois du négoce d’hydrocarbures Gunvor se retrouve sous le feu des projecteurs judiciaires en Suisse. Une nouvelle enquête pénale vient d’être lancée par le Ministère public de la Confédération (MPC) concernant un contrat pétrolier estimé à près d’un milliard de dollars, conclu avec le Gabon. Les investigations portent spécifiquement sur les modalités d’attribution du marché et les flux financiers associés à cet accord d’enlèvement de brut gabonais. Genève, capitale mondiale du commerce des matières premières, a vu ces dernières années plusieurs de ses acteurs majeurs être impliqués dans des affaires de corruption liées à l’Afrique.

Un contrat pétrolier gabonais sous haute surveillance judiciaire

Les magistrats suisses examinent un accord portant sur des livraisons de pétrole gabonais pour une valeur avoisinant le milliard de dollars. L’objectif de cette procédure est de déterminer si des commissions occultes ont été versées à des intermédiaires afin d’influencer la décision des autorités gabonaises. Le Gabon, qui se classe au douzième rang des producteurs africains de brut avec une production d’environ 200 000 barils par jour, reste fortement dépendant de ces revenus pour son budget national.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte où Libreville tentait de diversifier ses partenaires commerciaux et de maximiser la valorisation de sa production pétrolière. Les mécanismes de pré-financement, qui consistent pour un trader à avancer des fonds contre des livraisons futures, se sont généralisés dans les économies pétrolières africaines fragilisées par la volatilité des prix. Ces pratiques, souvent opaques, attirent désormais l’attention des régulateurs européens et nord-américains.

Gunvor, un historique judiciaire lourd dans le secteur africain

Pour le groupe basé à Genève, cette nouvelle enquête survient alors qu’il n’a pas encore soldé son passif africain. En 2019, Gunvor avait été condamné par le MPC à verser près de 94 millions de francs suisses pour des manquements en matière de prévention de la corruption au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire. À la suite de cette condamnation, l’entreprise avait promis de renforcer ses dispositifs internes de contrôle, sous la pression de ses partenaires bancaires et institutionnels.

La répétition de ces procédures interroge sur l’efficacité des mesures de conformité mises en place. Les autorités suisses, autrefois critiquées pour leur indulgence envers les multinationales du négoce, ont durci leur approche. Depuis 2020, le dispositif de responsabilité pénale des entreprises pour défaut de prévention de la corruption a élargi les pouvoirs du MPC. Le secteur du trading, qui représente environ 4 % du PIB helvétique, est désormais un terrain d’action privilégié de cette politique répressive.

Libreville sous pression dans un contexte de transition politique

Pour le gouvernement gabonais, cette affaire tombe à un moment particulièrement sensible. Les nouvelles autorités installées après la transition de 2023 ont fait de la transparence des revenus pétroliers un axe central de leur légitimité. La Société gabonaise de raffinage ainsi que la compagnie nationale Gabon Oil Company sont désormais contraintes de clarifier les circuits de commercialisation hérités des années précédentes. Une collaboration avec la justice suisse, si elle est engagée, permettrait à Libreville de démontrer une volonté de rupture avec les pratiques passées.

Les enjeux dépassent cependant le cadre bilatéral. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), à laquelle le Gabon a réintégré le processus, exige une publication transparente des contrats d’enlèvement. Les institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international, conditionnent leur soutien à une amélioration de la gouvernance du secteur des hydrocarbures. Une mise en évidence de versements illicites à des intermédiaires gabonais pourrait influencer les négociations en cours pour un nouveau programme d’aide.

Côté négoce suisse, les répercussions pourraient être larges. Plusieurs concurrents de Gunvor, déjà ciblés par des enquêtes similaires en Angola, au Nigeria ou en République du Congo, suivent de près l’évolution de cette procédure. La question de la saisie éventuelle de profits illicites, qui pourraient atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars dans des dossiers comparables, constitue un levier dissuasif majeur. L’enquête helvétique est désormais officiellement ouverte et pourrait connaître des avancées significatives dans les mois à venir.