Initiative Faso Mêbo au Burkina Faso : patriotisme ou nouvelle charge fiscale ?
Depuis quelques mois, l’initiative « Faso Mêbo » attire l’attention au Burkina Faso, avec plus de 261 millions de francs CFA collectés d’après les dernières estimations. Pourtant, cette mobilisation citoyenne soulève une question cruciale : s’agit-il d’un véritable élan patriotique ou d’une méthode détournée pour combler des lacunes budgétaires ?
Un civisme fiscal déjà exigeant
Les Burkinabè font preuve d’un engagement remarquable en matière de paiement des impôts et taxes, malgré un contexte économique marqué par une inflation persistante et une insécurité grandissante. Chaque contribuable assume ainsi sa part de responsabilité dans le financement des services publics, de la défense nationale et des infrastructures. Dans ces conditions, pourquoi solliciter une participation supplémentaire sous couvert de générosité volontaire ?
Le piège du volontariat institutionnel
Transformer une contribution citoyenne en opération de collecte parallèle interroge. Si les ressources fiscales existantes sont censées couvrir les dépenses régaliennes, à quoi bon multiplier les appels à la générosité publique ? Certains observateurs y voient une stratégie pour masquer une gestion budgétaire défaillante ou une allocation inefficace des fonds publics.
Qualifier cette démarche d’« arnaque morale » n’est pas exagéré : elle repose sur un sentiment de culpabilité et un devoir patriotique, tout en occultant les manquements éventuels de l’État. Exiger une participation supplémentaire revient, pour beaucoup, à une double imposition déguisée, où les citoyens financent deux fois les mêmes services.
Transparence ou flou budgétaire ?
La crédibilité de l’initiative dépendra de sa capacité à lever les ambiguïtés. En effet, confier la collecte à des plateformes numériques ou des comptes de dépôt en dehors du cadre budgétaire officiel alimente les doutes. Une gestion rigoureuse et transparente des fonds publics existants serait bien plus efficace qu’une succession de levées de fonds improvisées.
Le développement durable du Burkina Faso ne peut se construire sur des appels à la générosité perpétuelle. Il est impératif que l’État optimise l’utilisation des ressources déjà disponibles plutôt que de solliciter indéfiniment une population éprouvée par les crises.