Infiltration marocaine au cœur du Polisario : les secrets de l’axe Amérique latine

Les coulisses de la stratégie sécuritaire et diplomatique du Royaume se dévoilent à travers des archives confidentielles. Des échanges datant de la fin de l’année 2008, provenant de la représentation diplomatique du Maroc à Caracas, exposent la méthode employée par Rabat pour déstabiliser le Front Polisario. En s’appuyant sur les informations fournies par l’ancien cadre sahraoui Salama Ould Hennane, les services marocains ont orchestré une offensive ciblée en Amérique latine pour contrer l’influence d’Alger.

Ces rapports, transmis à Yassine El Mansouri, alors à la tête de la DGED (Direction Générale des Études et de la Documentation), portent la signature de l’ambassadeur Brahim Housseine Moussa. Ils mettent en exergue les fractures ethniques internes aux camps de Tindouf et les basculements géopolitiques stratégiques, particulièrement au Panama.

La carte tribale : un levier pour fragmenter le mouvement

Le renseignement marocain a identifié une faille majeure : le ressentiment croissant de plusieurs cadres séparatistes. L’ambassadeur relate ses contacts réguliers avec un informateur clé désigné sous le nom de Sliman. Derrière ce pseudonyme se cache Salama Ould Hennane, originaire de Dakhla et membre de la tribu des Oulad Dlim, qui occupait auparavant des fonctions diplomatiques pour la RASD en Amérique centrale.

Selon les analyses de Sliman, une crise de confiance profonde mine l’organisation. La direction du Polisario est accusée de favoriser systématiquement la tribu des Rguibatte, provoquant l’ire des autres groupes tels que les Oulad Tidrarine, les Ait Lahcen, les Ait Baamran et les Takna. Cette hégémonie tribale constitue, pour Rabat, une opportunité d’affaiblissement sans précédent.

L’objectif était alors de fédérer les mécontents autour de la proposition marocaine d’autonomie. Plusieurs figures de premier plan étaient citées comme prêtes à la dissidence, notamment :

  • Ahmed Ould Souilem, chargé des relations avec le monde arabe ;
  • Mahfoud Ould Ahmed Zine, ancien responsable militaire ;
  • Mansour, ex-représentant à Paris.

Le plan consistait à encourager ces personnalités à officialiser leur rupture lors d’un événement médiatique international pour rallier publiquement la vision de Rabat. L’ambassadeur préconisait d’utiliser Sliman comme un élément infiltré pour piloter cette manœuvre de l’intérieur.

Duel diplomatique en Amérique centrale

Parallèlement à ces opérations de renseignement, une véritable bataille d’influence se jouait entre le Maroc et l’Algérie. En octobre 2008, une délégation algérienne conduite par l’ambassadeur Baali sillonnait la région pour freiner l’adhésion des États latinos au plan d’autonomie marocain. Alger misait sur une coopération économique agressive et des aides financières pour maintenir le soutien aux thèses séparatistes, tandis que le Polisario dépêchait Mohamed Yaslem Beissat au Panama pour tenter de sauver ses positions.

Le tournant décisif au Panama

Le Panama est devenu le point de bascule de cette confrontation. Les documents révèlent que Panama City a commencé à prendre ses distances avec les séparatistes en refusant l’accréditation d’un nouvel ambassadeur de la RASD, réduisant sa présence à un simple secrétariat technique. Face à ce signal fort, la diplomatie marocaine a insisté sur la nécessité d’une réciprocité immédiate pour consolider ce rapprochement.

Pour verrouiller la situation, les réseaux marocains ont exercé une pression constante sur les décideurs panaméens, soulignant que tout revirement en faveur du Polisario impacterait négativement les relations économiques et politiques avec le Royaume.

Surveillance étroite de la direction du Polisario

La précision des rapports de la DGED permettait de suivre en temps réel les déplacements de Mohamed Abdelaziz. Les archives mentionnent son passage à New York pour rencontrer le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, ainsi que sa participation à une conférence de soutien en Espagne. Cette surveillance illustre l’omniprésence du renseignement extérieur marocain dans la gestion du dossier du Sahara, transformant chaque salon diplomatique en terrain d’affrontement discret.

Ces révélations jettent une lumière crue sur la réalité de la politique africaine et internationale, où les alliances se forgent souvent dans l’ombre des services secrets, loin des discours officiels.