Gabon : Oligui Nguema, un mandat populaire à ne pas réduire à un projet politique
Après des mois de discrétion, Dieudonné Minlama Mintogo s’exprime publiquement pour alerter sur une menace qui pèse sur la jeune Ve République gabonaise. Dans son analyse, l’ancien candidat à la présidentielle de 2016 met en garde contre une dérive majeure : la réduction du mandat historique de Brice Clotaire Oligui Nguema à une simple entreprise partisane, alors que sa légitimité repose sur un soutien populaire sans précédent.
Avec un score de plus de 94 % lors de l’élection présidentielle d’avril 2025, le président gabonais incarne selon lui bien plus qu’une victoire électorale. Ce résultat reflète, selon Minlama, l’aboutissement d’un mouvement national né du 30 août 2023, lorsque le Gabon a renoué avec son destin constitutionnel. « Transformer ce mandat en outil partisan serait une erreur stratégique », souligne-t-il, insistant sur le risque de marginaliser les acteurs qui ont contribué à cette transition.
Un mandat qui dépasse les clivages politiques
Pour l’ancien opposant, la force du projet porté par Oligui Nguema réside dans son caractère unificateur. Contrairement aux divisions traditionnelles, ce scrutin a mobilisé des sensibilités variées autour d’un objectif commun : tourner définitivement la page des divisions du passé. Ce consensus, bien qu’inédit, reste fragile si les autorités choisissent d’enfermer leur action dans une logique d’exclusion.
Dans ce contexte, Minlama met en lumière un paradoxe : plus le mandat est large, plus les responsabilités le sont aussi. La Ve République gabonaise n’a pas pour vocation de servir une seule faction, mais de fédérer l’ensemble des Gabonais autour d’un projet commun. Une mission qui exige une gouvernance inclusive, capable d’intégrer les compétences nationales sans distinction d’affiliation politique.
L’enjeu de l’unité nationale face aux tentations du pouvoir
Le message de Dieudonné Minlama est clair : le score exceptionnel obtenu par Oligui Nguema n’est pas un blanc-seing pour une gestion partisane du pouvoir. Au contraire, il représente un engagement à honorer la volonté collective exprimée dans les urnes. Préserver l’esprit du 30 août passe par le refus de toute logique de fermeture, au risque de fragmenter une société qui a su se rassembler autour de valeurs partagées.
Pour l’ancien candidat, l’histoire jugera la Ve République à sa capacité à incarner cette unité. Les 94 % obtenus ne sont pas un capital à exploiter, mais une mission à assumer avec humilité, ouverte à tous ceux qui ont cru en ce renouveau. Une vigilance qui s’impose comme le socle d’une gouvernance durable.