Gabon : Libreville mise sur le secteur privé pour un plan de développement ambitieux
Le Gabon ambitionne de transformer radicalement son économie d’ici 2030 grâce à un plan quinquennal sans précédent. Pour financer le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, le gouvernement gabonais mise sur une mobilisation record de 27 000 milliards de FCFA. Parmi cette enveloppe colossale, 18 000 milliards FCFA devront provenir du secteur privé, tandis que l’État contribuera à hauteur de 9 000 milliards. Cette répartition reflète une stratégie délibérée de transition vers un modèle économique moins dépendant des financements publics.
Une stratégie économique centrée sur le privé
Libreville opte pour une approche inédite en Afrique centrale en confiant 67 % de l’effort d’investissement au secteur privé. Cette décision s’inscrit dans la continuité des modèles adoptés par d’autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les fonds souverains, les multinationales extractives et les investisseurs commerciaux locaux et internationaux sont appelés à jouer un rôle central dans ce nouveau cycle de croissance.
Pour rendre ce pari réalisable, le Gabon devra surmonter des défis structurels persistants. L’économie gabonaise, encore largement dominée par les secteurs pétrolier, minier et forestier, doit impérativement diversifier ses revenus. Les institutions financières internationales ont maintes fois souligné la nécessité de réformer l’administration fiscale, d’accélérer les procédures douanières et de sécuriser les droits fonciers afin d’attirer durablement les capitaux étrangers.
Le Haut conseil pour l’investissement : un outil clé pour attirer les capitaux
Pour renforcer la collaboration entre l’État et le secteur privé, le gouvernement a décidé de relancer le Haut conseil pour l’investissement (HCI). Cette instance, qui avait perdu de son influence ces dernières années, a été réactivée pour offrir un cadre institutionnel stable et prévisible aux investisseurs. Sous la présidence de transition du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le HCI vise à faciliter le dialogue entre les ministères et les grandes entreprises, garantissant ainsi une meilleure adéquation entre les besoins sectoriels et les capacités d’investissement privées.
Les acteurs du secteur minier, comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe Eramet, ainsi que les opérateurs de la filière bois transformée, seront au cœur des discussions. Par ailleurs, des partenaires financiers panafricains, tels qu’Afreximbank et la Banque africaine de développement, sont sollicités pour soutenir des projets dans les infrastructures, l’énergie et le numérique.
Un objectif financier ambitieux mais risqué
Avec un objectif de 18 000 milliards FCFA levés en cinq ans, soit une moyenne annuelle de 3 600 milliards, le PNCD marque une rupture avec les plans précédents. À titre d’exemple, le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) n’a pas atteint ses cibles d’investissement direct étranger entre 2014 et 2016, en raison notamment de l’effondrement des prix des matières premières et d’un manque de projets bancables. Le succès du PNCD dépendra donc de la capacité du Gabon à industrialiser la préparation des projets et à offrir des garanties solides aux investisseurs.
La situation budgétaire du Gabon ajoute une contrainte majeure. La dette publique frôle désormais le plafond de 70 % du PIB fixé par la CEMAC, limitant les marges de manœuvre de l’État en matière d’endettement. Dans ce contexte, les partenariats public-privé (PPP), les concessions et les contrats de performance énergétique deviendront des leviers essentiels pour financer les infrastructures.
La qualité de l’exécution administrative sera déterminante. La réduction des délais d’obtention des autorisations, la digitalisation des démarches administratives et la lutte contre la corruption figurent parmi les priorités pour éviter que le plan ne reste lettre morte. Sans avancées concrètes sur ces fronts, l’écart entre les ambitions affichées et les investissements réellement mobilisés pourrait se creuser.
Les cinq prochaines années seront décisives pour le Gabon. En misant sur ce plan, les autorités gabonaises engagent leur crédibilité économique auprès des marchés et des partenaires internationaux. Le succès du PNCD dépendra largement de la capacité du pays à mobiliser les capitaux privés et à créer un environnement des affaires attractif.