Forum sénégalais : des économistes cherchent à résoudre la crise de la dette

La dette publique du Sénégal, passée au premier plan des tensions politiques, oppose désormais le gouvernement d’Ousmane Sonko aux institutions financières internationales. Un rassemblement d’experts issus d’Afrique et d’Asie a été lancé à Dakar cette semaine pour explorer des solutions innovantes. Ce premier événement précède une conférence plus large, à laquelle le Premier ministre participera dès mardi. L’objectif affiché est clair : proposer une approche originale face aux mesures traditionnelles imposées par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

La dette publique sénégalaise au cœur d’un conflit avec le FMI

La réévaluation à la hausse de la dette héritée de l’administration précédente a ravivé les débats sur la viabilité des finances publiques. Les chiffres ajustés ont entraîné le blocage de plusieurs versements prévus dans le cadre du programme avec le FMI. Le gouvernement sénégalais se retrouve ainsi dans une situation délicate : respecter ses obligations extérieures tout en finançant les engagements sociaux du parti au pouvoir.

Ce forum organisé cette semaine reflète une volonté politique affirmée. Plutôt que d’accepter les ajustements budgétaires classiques exigés par les créanciers, l’exécutif souhaite élaborer un raisonnement technique et académique en faveur de solutions alternatives. Parmi les pistes envisagées : restructuration contrôlée, allongement des échéances et mobilisation accrue des ressources internes. La participation d’économistes asiatiques, issus de pays ayant surmonté des crises de balance des paiements, vise à diversifier une réflexion encore marquée par les modèles occidentaux.

Un message politique fort envers les partenaires financiers

Le timing de cet événement n’est pas le fruit du hasard. En réunissant des voix critiques de l’austérité juste après la suspension de fait des négociations avec le FMI, Ousmane Sonko envoie un message clair aux bailleurs de fonds. Le Premier ministre, acteur clé du changement politique survenu en 2024, a fait de la souveraineté économique une priorité de son action. Sa présence directe à la conférence confère à cet événement une dimension bien plus large qu’un simple débat académique.

Pour les organisateurs, l’enjeu est de prouver qu’il existe des marges de manœuvre en dehors des cadres traditionnels. Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large observable sur le continent, où plusieurs gouvernements remettent en cause les conditions attachées aux financements multilatéraux. Du Ghana à la Zambie, en passant par l’Éthiopie, les expériences récentes de restructuration de dette ont alimenté des réflexions dont Dakar compte s’inspirer. Toutefois, contrairement à ces pays, le Sénégal n’est pas en situation de défaut et conserve un accès, bien que limité, aux marchés régionaux.

Quelles solutions concrètes face à l’austérité ?

Les économistes réunis proposent plusieurs axes de réflexion pour contourner les politiques d’austérité. Le premier porte sur la fiscalité : élargir l’assiette fiscale, lutter contre les flux financiers illicites et renégocier certains contrats miniers, notamment dans le secteur des hydrocarbures, dont la production a débuté en 2024. Le deuxième axe concerne la structure de la dette, avec l’idée de privilégier des instruments libellés en monnaie locale ou indexés sur les recettes futures. Le troisième axe vise une meilleure coordination régionale, notamment au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Ces propositions ne sont pas sans défis. Une position ferme à l’égard du FMI pourrait influencer à la hausse la prime de risque exigée par les investisseurs, alors que le Trésor sénégalais dépend encore des levées régulières sur les marchés obligataires. Par ailleurs, toute renégociation devra nécessairement inclure les détenteurs d’eurobonds, dont les intérêts divergent de ceux des créanciers bilatéraux. En pratique, la marge de manœuvre du gouvernement dépendra de sa capacité à concilier un discours souverainiste avec des signaux de crédibilité financière.

Au-delà des discours, les conclusions de cette semaine à Dakar seront attentivement suivies dans les capitales de la sous-région et par les agences de notation. Ce forum pourrait annoncer un nouveau cycle de négociations avec les bailleurs, ou au contraire prolonger une confrontation dont le coût budgétaire s’alourdit chaque trimestre. Les résultats de ces travaux seront présentés au gouvernement à l’issue des débats.

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