Élimination de l’Italie du mondial 2026 : l’analyse d’une crise persistante du football italien
L’Italie, nation emblématique du football, se retrouve à nouveau écartée de la Coupe du monde de football. Après avoir manqué les deux éditions précédentes, la Nazionale a subi une nouvelle défaite face à la Bosnie-Herzégovine lors des barrages européens, confirmant son absence du Mondial 2026. Cet échec répété, le troisième consécutif, interpelle et soulève des questions profondes sur l’avenir du football italien.
Johann Crochet, journaliste spécialisé dans le football italien et animateur du podcast « Calcio et Pépé », exprime un profond pessimisme. Selon lui, cette élimination n’est pas une surprise, car « rien n’a bougé » au sein des instances dirigeantes italiennes depuis les deux précédents revers. Il souligne la gravité de la situation : des jeunes Italiens de vingt ans n’ont jamais vu leur équipe nationale participer à une Coupe du monde, un constat « catastrophique ».
Le constat est partagé par la presse nationale, à l’image du quotidien La Repubblica qui déplore l’« absence même de projet » pour le football italien. Johann Crochet abonde en ce sens, pointant du doigt un « conservatisme » qui maintient l’Italie dans un mode de fonctionnement dépassé, hérité des années 1990 et début 2000. Il contraste cette inertie avec les réformes entreprises par d’autres grandes nations du football, comme l’Allemagne ou l’Espagne, après des périodes de crise. L’Italie, en revanche, semble ignorer les bonnes pratiques observées ailleurs, même dans des pays plus modestes comme la Norvège, en matière de formation et de collaboration entre fédération et ligue.
La question de la formation des jeunes joueurs est souvent évoquée. Bien que l’Italie ne produise plus de talents individuels du calibre de Francesco Totti ou Roberto Baggio, Johann Crochet relativise cette analyse. Il explique que le football moderne est plus axé sur le collectif et que la rareté des « Ballons d’or » est un phénomène mondial. Le véritable enjeu, selon lui, réside dans l’absence de « pont » entre les centres de formation et les équipes premières. Les grands clubs européens comme le Bayern Munich, le Borussia Dortmund ou le FC Barcelone n’hésitent pas à recruter de jeunes pépites italiennes, prouvant que le talent existe. Le problème est l’intégration de ces jeunes dans le système professionnel italien, une situation qu’il compare à la difficulté des jeunes Italiens à intégrer le marché du travail.
Ce manque de progression est également imputable à un problème d’encadrement et de management. La préférence pour l’expérience au détriment de profils novateurs empêche de jeunes entraîneurs italiens prometteurs, qui brillent à l’étranger (comme Roberto De Zerbi à Marseille ou Tottenham, ou Francesco Faioli à l’Ajax puis Porto), de diriger des clubs en Italie. Johann Crochet conclut sur l’incompétence et le manque de volonté de changement des dirigeants actuels, qui freinent toute évolution du football national.
Face à ce déni de réalité, la perception du football en Italie évolue. Autrefois modèle de victoire, le football est désormais invité à s’inspirer d’autres disciplines. Le journal La Gazzetta dello Sport a même suggéré aux footballeurs de prendre exemple sur des sportifs comme le tennisman Jannik Sinner ou le pilote de Formule 1 Kimi Antonelli. Cette mutation se reflète aussi dans la société : le football en club devient financièrement inaccessible pour de nombreux enfants, les poussant vers des sports perçus comme plus élitistes, tel le tennis, contribuant ainsi à la crise profonde du football italien.