Dette du Sénégal : les experts en quête de solutions durables
À Dakar, la capitale sénégalaise, s’est tenue une conférence internationale majeure sur l’endettement public. Cet événement, intitulé « Crise de la dette au Sénégal : vers des solutions durables et progressistes, alternatives à l’approche austéritaire du FMI », a réuni des économistes, des chercheurs et des décideurs politiques africains pour discuter des enjeux cruciaux liés à la dette du pays.
le fmi, une solution ou une partie du problème ?
Parmi les intervenants, l’économiste Ndongo Samba Sylla, directeur régional pour l’Afrique de l’International Development Economics Associates (Ideas), a livré une analyse sans concession. Selon lui, le Fonds monétaire international ne peut prétendre résoudre la crise de la dette au Sénégal, car il en serait l’un des principaux instigateurs. Dans son discours, il a souligné :
« Le FMI n’est pas la solution, bien au contraire. Il crée le problème et le maintient, en verrouillant les pays dans des pièges à dette extérieurs. Son approche, avant tout pro-créanciers, sert les intérêts géopolitiques des États-Unis et de la France. Les nations les plus endettées sont souvent celles alignées sur Washington ou Paris, illustrant ainsi qui contrôle véritablement l’économie mondiale. Pour nous, le FMI ne sera jamais une issue. »
Cette position radicale a alimenté les débats, certains experts saluant son franc-parler tandis que d’autres y voyaient une vision trop réductrice.
dette et franc cfa : des racines politiques à dénouer
Ndongo Samba Sylla a également pointé du doigt le franc CFA comme un obstacle structurel majeur. Une analyse que ne partage pas Alioune Tine, fondateur de l’Afrikajom Center, pour qui la crise dépasse largement les questions monétaires. Pour lui, la dette est avant tout un défis politique qui exige une réponse collective à l’échelle africaine :
« La gestion de la dette doit s’envisager de manière solidaire, en associant tous les États africains endettés. C’est ensemble que nous pourrons dire non aux politiques d’austérité délétères imposées par le FMI et qui étouffent nos économies. L’unité fait la force, et c’est par une action coordonnée que nous pourrons inverser la tendance. »
Alioune Tine a insisté sur l’importance de dépasser les réflexes de souveraineté nationale pour embrasser une approche interdépendante, adaptée aux réalités de la mondialisation.
un endettement public record : plus de 130 % du pib
Les révélations récentes sur la dette cachée et les irrégularités budgétaires du Sénégal, dévoilées fin 2024 par le Premier ministre Ousmane Sonko, ont choqué l’opinion publique. Confirmées ensuite par le FMI, ces pratiques ont porté l’endettement national à plus de 130 % du PIB, un niveau critique qui menace la stabilité économique du pays.
Face à cette situation, Ndongo Samba Sylla défend l’idée d’une annulation partielle de la dette :
« Une dette illégale ne doit pas être honorée. Et même si ces dettes devaient être remboursées, une banque centrale souveraine et performante permettrait de les éponger sans asphyxier les finances publiques. »
Alioune Tine, quant à lui, appelle à une approche pragmatique, loin des émotions, pour résoudre cette crise structurelle.
vers plus de transparence et de contrôle
Le parti au pouvoir, Pastef-Les Patriotes, a pris des engagements clairs pour éviter de nouvelles dérives. Ayib Daffé, président du groupe parlementaire du mouvement, a insisté sur la nécessité de renforcer le contrôle parlementaire de la dette et de veiller à la rigueur budgétaire :
« Pour empêcher que cette situation ne se reproduise, il est indispensable de renforcer les mécanismes de transparence et de s’assurer que les lois de finances respectent les principes de sincérité budgétaire. »
Parallèlement, le président Bassirou Diomaye Faye a rencontré Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, à Nairobi, afin d’explorer des solutions adaptées à la crise économique qui frappe le Sénégal depuis plus de deux ans.
Cette conférence internationale a ainsi mis en lumière les tensions autour de la dette, mais aussi les pistes pour une gestion plus équitable et durable de l’endettement public au Sénégal.