Denis Mukwege dresse un bilan sans concession de la présidence de Félix Tshisekedi

À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le docteur Denis Mukwege a choisi de s’adresser directement au chef de l’État, Félix Tshisekedi. Dans une lettre ouverte au ton grave, le Prix Nobel de la paix livre une analyse critique de la gestion du pays depuis l’alternance de 2019, estimant que l’heure n’est pas aux réjouissances nationales.
Un constat d’échec sur le plan sécuritaire et diplomatique
Le célèbre gynécologue de l’hôpital de Panzi pointe du doigt une dégradation alarmante de la situation dans l’Est de la RDC. Selon lui, les stratégies militaires et politiques mises en œuvre, notamment l’instauration de l’état de siège, n’ont pas permis de restaurer la paix durable. Il remet également en question les orientations diplomatiques prises par le gouvernement, déplorant des alliances et des choix qui peinent à garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale.
Pour Denis Mukwege, la crise profonde que traverse la société africaine en RDC est marquée par des souffrances persistantes des populations civiles, prises au piège de l’insécurité. Il exhorte le pouvoir en place à faire de la protection des citoyens et de la réforme du secteur de la sécurité une priorité absolue.
Lutte contre l’impunité et justice transitionnelle
Le volet judiciaire occupe une place centrale dans cette interpellation citoyenne. L’ancien candidat à la présidentielle regrette l’absence de progrès concrets dans la lutte contre la corruption et l’impunité. Il insiste sur l’urgence de mettre en œuvre les recommandations liées à la justice transitionnelle, réclamant à nouveau la création d’un tribunal spécial pour juger les crimes graves commis sur le sol congolais.
« Il n’y a rien à célébrer », martèle-t-il, soulignant que sans une justice forte, la réconciliation nationale restera une illusion.
Le refus catégorique d’un changement constitutionnel
Face aux débats actuels sur l’avenir institutionnel du pays, Denis Mukwege se montre très ferme : il s’oppose à toute tentative de révision de la loi fondamentale. Il appelle Félix Tshisekedi à préserver l’unité du pays et à ne pas engager la nation dans une réforme constitutionnelle qui pourrait fragiliser davantage l’équilibre démocratique.
En conclusion de son message, le Prix Nobel exhorte le président à saisir cette opportunité pour recentrer son action sur l’État de droit et la restauration de la dignité humaine. Il rappelle que la politique africaine doit avant tout servir la voix des peuples africains et répondre aux aspirations de paix et de justice du peuple de RDC.