Crise Bénin Niger : mohamed toumba exige des garanties à romuald wadagni
Dans une interview télévisée de deux heures et demie diffusée le 21 avril sur la RTN, le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur et homme fort de la junte nigérienne, a abordé plusieurs sujets majeurs, dont la montée des tensions entre Niamey et Cotonou. Alors que le Niger fait face à une intensification des attaques terroristes, notamment dans la région du Tillabéry, le haut responsable a pointé du doigt la France, accusant Patrice Talon d’avoir été instrumentalisé par Paris.
Le général a également profité de cette tribune pour adresser des exigences à Romuald Wadagni, futur président du Bénin après son investiture prévue le 24 mai. Il réclame des « gages de bonne volonté » afin que le Bénin rompe tout lien avec les intérêts français et cesse de servir de base arrière à Paris pour des opérations hostiles envers ses voisins.
Patrice Talon est parti, mais Talon n’était pas le véritable problème. Le véritable problème, c’est Macron.
Selon le général Toumba, Patrice Talon n’était qu’un pion entre les mains de la France. « Il a permis aux Français de s’installer sur le territoire béninois pour ensuite nous attaquer », a-t-il déclaré. Ces accusations s’inscrivent dans un climat de relations déjà très tendues entre les deux pays depuis le coup d’État au Niger en juillet 2023.
Des tensions récurrentes entre le Bénin et le Niger
Les relations entre Niamey et Cotonou se dégradent depuis le 26 juillet 2023, date de la prise de pouvoir par la junte nigérienne dirigée par le général Abdourahamane Tiani. Les échanges se sont encore envenimés en janvier 2024, après l’attaque de l’aéroport international de Niamey et de la Base 101, où sont stationnés des militaires russes du groupe Africa Corps. Le président nigérien avait alors lancé un avertissement solennel : « Nous avons suffisamment écouté aboyer les sponsors de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara. Qu’ils s’apprêtent maintenant à entendre rugir ».
Ces propos visaient directement le Bénin, accusé d’être impliqué dans cette attaque revendiquée par l’État islamique.
Romuald Wadagni face à un défi diplomatique
Élu avec 94 % des voix lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2024, Romuald Wadagni a exprimé à plusieurs reprises son souhait de rétablir le dialogue avec Niamey. « Je suis convaincu que nous parviendrons à nous asseoir et à discuter. Nous n’avons pas d’autre choix ! », avait-il affirmé dans un entretien accordé le 23 mars 2024. « Les pays de la région partagent les mêmes défis : sécurité, pauvreté et chômage des jeunes. Notre objectif commun est une prospérité partagée. Pour y parvenir, nous devons travailler ensemble », avait-il ajouté.
Il avait également indiqué que, malgré un niveau de coopération sécuritaire « insuffisant » avec le Niger et le Burkina Faso, les chefs d’état-major des trois pays « communiquent régulièrement » et que la situation devrait s’améliorer. Une vision optimiste qui ne semble pas partagée par la junte nigérienne, laquelle continue de durcir le ton à l’encontre de Cotonou.