Crise au Mali : la junte menacée par une alliance jihadiste et rebelle
Crise au Mali : une offensive conjointe jihadiste et rebelle met Bamako sous pression
Depuis le 25 avril 2026, le Mali traverse une crise sécuritaire majeure avec le lancement d’une offensive d’envergure par le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et le Front de Libération de l’Azawad (FLA). Cette coalition, inédite par son ampleur, cible simultanément cinq villes stratégiques, dont Bamako, et redessine les équilibres politiques et militaires du pays. Entre fragilisation de la junte d’Assimi Goïta, montée en puissance des groupes armés et absence de réponse occidentale, le Mali s’enfonce dans une spirale de violence tandis que la communauté internationale observe, impuissante.
Un assaut coordonné sans précédent
Pour la première fois depuis mars 2012, le JNIM, affilié à Al-Qaïda, et le FLA ont uni leurs forces dans une campagne militaire d’une intensité rare. Bamako, Kidal, Gao, Sévaré et Mopti sont désormais au cœur de combats acharnés. Les cibles symboliques de la capitale, comme le quartier général des officiers à Kati ou l’aéroport international, illustrent la volonté des assaillants de frapper au cœur du pouvoir malien. Cette coordination marque un tournant dans la stratégie des groupes armés, qui privilégient désormais l’action conjointe plutôt que les affrontements disjoints.
Les premiers bilans révèlent une avancée significative des rebelles et jihadistes :
- Contrôle de plusieurs localités du Nord : Kidal, Tessalit, Anéfis, Ber, Bourem, Gourma-Rharous, Léré et Tessit ont été investis, encerclant progressivement Gao et Tombouctou. Certaines bases militaires russo-maliennes, comme Aguelhok, résistent encore, mais leur isolement s’accroît.
- Coup dur porté à la junte : le général Sadio Camara, ministre de la Défense, a été tué lors des combats, tandis que le chef de l’Agence nationale de Sécurité d’État, Modibo Koné, a été blessé. Assimi Goïta, président de la junte, aurait été évacué vers l’ambassade de Turquie avant de réapparaître publiquement aux côtés de responsables russes, signe d’une crise interne sans précédent.
- Négociations avec les mercenaires russes : dans un geste inattendu, le JNIM et le FLA ont proposé aux forces russes de quitter leurs bases dans le Nord sans combat, facilitant leur retrait. Cette stratégie, inspirée de méthodes observées en Syrie, vise à éviter une confrontation directe et à concentrer les efforts sur les Forces Armées Maliennes (FAMa).
Contrairement à l’offensive de 2012, cette attaque se distingue par une approche plus pragmatique des groupes armés. Le JNIM et le FLA évitent pour l’instant les massacres systématiques et privilégient la négociation pour désarmer les FAMa, tout en se présentant comme des protecteurs des populations civiles et des soldats face à la junte. Cette stratégie de communication contraste avec les exactions commises en 2012, où les groupes jihadistes avaient capturé et exécuté des militaires maliens.
Un contexte radicalement différent de 2012
Si l’offensive rappelle par certains aspects celle de 2012, le Mali de 2026 n’a plus rien à voir avec celui d’il y a quatorze ans. La junte au pouvoir, dirigée par Assimi Goïta, est fragilisée par des années de répression et une alliance controversée avec la Russie. Les mercenaires de l’Afrika Korps, bien que présents sur le terrain, peinent à inverser la tendance face à la détermination des groupes armés. Leur retrait négocié dans le Nord laisse présager un affaiblissement durable de leur influence.
Le blocus de Bamako, annoncé par le JNIM le 28 avril, confirme la stratégie d’étouffement du régime. En brûlant des camions de transport et en organisant des escortes militaires pour ravitailler la capitale, les groupes armés démontrent leur capacité à asphyxier économiquement Bamako. Pourtant, la junte tente de réagir : les FAMa multiplient les opérations de ratissage, tandis que des voix de la société civile, comme celles de l’homme politique Oumar Mariko ou de l’imam Mahmoud Dicko, appellent à des négociations urgentes avec les groupes armés.
L’État Islamique Wilaya Sahel (EIWS) reste une menace persistante, bien qu’il n’ait pas participé à l’offensive conjointe. Son attaque sur Ménaka, repoussée par les forces russo-maliennes, rappelle que le Mali est un terrain de rivalités entre groupes jihadistes. Cette fragmentation des groupes armés complique toute stratégie de stabilisation.
Une situation anticipée depuis des années
Cette crise n’est pas un coup de théâtre. Dès 2022, des analyses prospectives avaient alerté sur les risques liés à l’alliance entre Bamako et Moscou. La présence russe, loin de résoudre la crise sécuritaire, a exacerbé les tensions avec les populations locales et échoué à endiguer l’expansion du JNIM. En janvier 2023, des scénarios similaires à celui d’avril 2026 avaient été envisagés, notamment :
- La reprise des affrontements armés au Nord, avec une alliance objective entre la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) et le JNIM pour contrôler la boucle du Niger.
- La fragmentation du Centre du pays, où les milices communautaires peinent à contenir la pression du JNIM et de la katibat Macina.
- L’encerclement progressif de Bamako, qui pourrait être prise dans une étau militaire, sans pour autant tomber aux mains des jihadistes.
- L’ouverture inévitable de négociations politiques, sous la pression des institutions religieuses et de la communauté internationale, pour éviter l’effondrement total de l’État malien.
Ces prédictions se sont concrétisées avec l’offensive d’avril 2026. La chute du Nord, l’affaiblissement du Centre et l’encerclement de Bamako ne sont plus des hypothèses, mais une réalité en marche. La junte, privée de ses principaux leaders militaires et fragilisée par des divisions internes, n’a plus les moyens de ses ambitions.
Quelles perspectives à court terme pour le Mali ?
À court terme, plusieurs scénarios se dessinent, avec des conséquences majeures pour le pays et la région :
1. La chute inéluctable du Nord
Gao et Tombouctou pourraient tomber sous le contrôle du JNIM et du FLA d’ici quelques semaines. La désertion massive des soldats maliens, déjà observée, s’accélérerait face à l’avancée des groupes armés et à l’effondrement de la chaîne de commandement. Les Russes, en retrait négocié, ne pourraient plus tenir leurs positions. Le Nord du Mali serait alors sous contrôle rebelle, avec une gouvernance hybride : autonomie de fait pour le FLA et application partielle de la charia pour le JNIM.
Cette partition de facto du pays rappellerait celle de 2012, mais avec des dynamiques différentes : le JNIM, contrairement à AQMI ou au MUJAO, ne cherche pas à imposer un contrôle territorial total, mais une infiltration progressive des institutions locales. Cette stratégie, inspirée des Talibans en Afghanistan, vise à normaliser sa présence sans déclencher de répression massive.
2. L’intensification des violences au Centre
Le JNIM, déjà actif dans le Centre du Mali, pourrait lancer de nouvelles attaques contre les garnisons de Gossi, Boni, Hombori ou Mopti. Son objectif : affaiblir les FAMa et négocier des accords locaux avec les communautés, comme il l’a fait dans les campagnes. Ces représailles contre les civils, comme celles observées à Kori-Kori ou Gomossogou, risquent cependant de nuire à son image de « défenseur des populations » et de provoquer des tensions internes au sein du groupe.
La menace posée par les drones turcs TB2, bien que limitée, pourrait encore retarder l’avancée jihadiste. Le Burkina Faso et le Niger, alliés du Mali, pourraient renforcer leurs défenses aériennes, mais leur capacité à inverser la tendance reste faible face à la détermination des groupes armés.
3. L’encerclement de Bamako : une stratégie d’asphyxie
Le blocus de Bamako est une manœuvre délibérée pour étouffer la junte et la forcer à négocier. Assimi Goïta, coincé dans la capitale comme Bachar al-Assad à Damas, voit son pouvoir s’effriter. Les tensions au sein de la junte, exacerbées par la mort du général Camara et la blessure du général Koné, pourraient mener à un coup d’État ou à une scission interne. Le partenariat avec la Russie, déjà fragilisé, est désormais sur la sellette.
Si la junte survit, elle ne pourra compter que sur le soutien limité du Burkina Faso et du Niger, eux-mêmes engagés dans des combats similaires. L’Algérie, la Mauritanie et la Côte d’Ivoire, bien que hostiles à la junte, ne devraient pas intervenir militairement. Leur rôle se limiterait à des pressions diplomatiques pour encourager des négociations.
Vers une intervention militaire extérieure ?
La question d’une intervention militaire extérieure se pose, mais les obstacles sont nombreux :
- Les puissances occidentales ont tourné la page du Sahel. La France, après le retrait de Barkhane, et les États-Unis, concentrés sur d’autres théâtres, ne sont pas prêts à revenir. L’ONU, de son côté, n’a pas les moyens de déployer une force d’interposition.
- Les armées régionales manquent de moyens. L’Algérie, seule capable d’inverser le rapport de force, refuse toute intervention hors de ses frontières. La Mauritanie, bien qu’en paix avec les groupes jihadistes, ne bougerait pas. Les autres pays, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, sont eux-mêmes vulnérables aux incursions jihadistes.
- Le risque d’un proto-État jihadiste : si le JNIM contrôle Gao ou Tombouctou, il deviendra une menace régionale, comme l’État Islamique en Syrie ou les Talibans en Afghanistan. Une intervention tardive serait alors nécessaire, mais bien plus complexe.
Dans ce contexte, les négociations politiques apparaissent comme la seule issue réaliste. Le JNIM, bien qu’affilié à Al-Qaïda, cherche à se normaliser et cherche un parrain régional, comme l’Algérie ou la Mauritanie, pour faciliter un dialogue. Le FLA, de son côté, pourrait négocier une autonomie accrue pour le Nord, inspirée des accords d’Alger.
Cependant, plusieurs obstacles persistent :
- L’allégeance du JNIM à Al-Qaïda, qui complique toute reconnaissance internationale.
- L’absence de dialogue officiel avec la communauté internationale, qui limite les canaux de négociation.
- La fragilité de la junte, qui pourrait s’effondrer avant même qu’un accord soit trouvé.
Malgré ces défis, la pression internationale et la radicalisation des populations pourraient forcer Bamako à accepter un compromis. Les Européens, bien que réticents à s’impliquer militairement, pourraient soutenir une médiation régionale.
Quelle place pour la communauté internationale ?
À long terme, la création d’un proto-État jihadiste au Mali imposera une surveillance accrue, comme en Syrie ou en Afghanistan. Les partenaires africains et arabes devront être mobilisés pour contenir cette menace et éviter sa propagation vers le Sahel ou l’Europe.
Pour la France et l’Europe, la priorité sera de soutenir les pays voisins dans leur lutte contre le terrorisme et d’encourager une transition politique au Mali. Une intervention militaire, bien que souhaitable pour inverser la tendance, semble improbable. La diplomatie et l’aide humanitaire deviendront les seuls leviers d’action.
Le Mali entre dans une phase décisive. Entre effondrement de la junte, montée en puissance des groupes armés et absence de réponse internationale, le pays risque de sombrer dans le chaos. Seule une négociation politique, sous pression régionale et internationale, pourrait éviter l’irréparable.