Cameroun : six nouveaux mois derrière les barreaux pour Djeukam Tchameni

L’opposant camerounais Djeukam Tchameni voit sa détention provisoire prolongée de six mois supplémentaires, une décision immédiatement vivement critiquée par son avocat. Acteur engagé dans la campagne présidentielle d’Issa Tchiroma Bakary en octobre 2025, il a été arrêté avant même l’annonce des résultats définitifs du scrutin. Les chefs d’accusation retenus contre lui, notamment celui d’atteinte à la sûreté de l’État, sont fréquemment utilisés par le parquet militaire camerounais pour étouffer les voix dissidentes.

Me Jean Joseph Claude Siewe, son défenseur, dénonce une procédure entachée d’irrégularités et dépourvue de fondement solide. Selon l’avocat, l’enquête n’a produit aucun élément tangible susceptible de justifier une telle mesure, renforçant l’hypothèse d’un dossier fabriqué de toutes pièces pour des raisons politiques. Cette prolongation intervient alors que les droits de la défense semblent systématiquement bafoués dans ce type d’affaires.

Une arrestation liée à la crise post-électorale camerounaise

L’interpellation de Djeukam Tchameni s’inscrit dans la tourmente qui a suivi la présidentielle de 2025. Le scrutin, marqué par une forte participation en faveur d’Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre passé dans l’opposition, a déclenché des contestations massives avant même la publication des résultats officiels. Plusieurs figures de son camp ont été ciblées : certaines écrouées, d’autres assignées à résidence ou empêchées de se déplacer librement.

Le recours à l’inculpation d’atteinte à la sûreté de l’État permet aux autorités camerounaises de contourner la justice civile en saisissant le tribunal militaire, une juridiction d’exception régulièrement dénoncée par les défenseurs des droits humains pour son usage abusif contre les opposants. Cette stratégie allonge considérablement les procédures et limite drastiquement les possibilités de recours pour les inculpés.

Violation des procédures : la défense dénonce des manquements

Me Siewe met en avant le non-respect des délais légaux encadrant la détention provisoire. En droit camerounais, une telle prolongation doit être justifiée par des impératifs d’instruction précis, ce qui, selon lui, n’est absolument pas le cas ici. L’avocat souligne également l’absence de débat contradictoire préalable à la décision, ce qui constituerait une infraction majeure aux droits de la défense.

Malgré les recours envisagés, dont une demande de libération sous conditions, la pratique judiciaire camerounaise dans les affaires politiques montre une tendance à privilégier la détention prolongée jusqu’à la clôture de l’information. Des précédents récents illustrent cette tendance : plusieurs prévenus accusés de délits similaires ont passé des années en prison préventive sans jugement définitif.

Un message clair à l’opposition camerounaise

Au-delà du sort individuel de Djeukam Tchameni, cette décision envoie un signal sans ambiguïté à l’ensemble de l’opposition camerounaise. Le maintien sous les verrous d’un proche d’Issa Tchiroma Bakary démontre que toute contestation des résultats électoraux ou mobilisation post-électorale expose à des poursuites pénales prolongées. Plusieurs observateurs internationaux suivent ce dossier avec attention, bien que sans prise de position publique pour l’instant.

Pour le camp Tchiroma, l’enjeu dépasse la sphère judiciaire. Documenter les irrégularités présumées, médiatiser le sort des détenus et internationaliser leur cause font partie d’une stratégie visant à faire pression sur les autorités de Yaoundé. À l’inverse, le gouvernement mise sur la durée pour épuiser les soutiens et marginaliser les figures les plus actives. Cette prolongation de six mois offre ainsi un répit à l’accusation, lui permettant de consolider un dossier déjà fragilisé par les contestations de la défense.