Cameroun : le bitumage record accélère la transformation des infrastructures routières

Entre 2020 et fin 2025, le Cameroun a franchi un cap historique avec le bitumage de 488 kilomètres de routes chaque année. Une performance saluée par les autorités de Yaoundé, qui y voient la concrétisation d’une volonté politique forte de combler le retard accumulé dans le domaine des infrastructures routières. Dans un pays où les pistes en terre dominent encore largement le paysage, cette avancée redessine les contours d’un réseau national en pleine mutation.

Un bond quantitatif pour un réseau en mutation

Sur les cinq années couvertes, près de 2 928 kilomètres de chaussées ont été asphaltés, un chiffre qui reflète l’intensité des efforts déployés. Les chantiers se concentrent sur des axes stratégiques : liaisons interurbaines, pénétrantes urbaines et tronçons régionaux. Ce bitumage massif s’inscrit dans une logique à la fois politique et économique, avec des retombées directes sur l’accès aux zones agricoles, la fluidité des échanges et la connexion des régions enclavées du Nord et de l’Est.

Malgré ces progrès, le Cameroun reste en retrait par rapport à ses voisins de la CEMAC en termes de proportion de routes revêtues. Une situation qui maintient une pression constante sur les décideurs, malgré des avancées notables par rapport aux performances passées, souvent marquées par des retards dans les grands projets financés par des bailleurs internationaux.

Les corridors logistiques au cœur de la compétitivité

Le Cameroun ne se contente pas d’améliorer son propre réseau : il joue un rôle clé pour ses voisins enclavés. Le Tchad et la République centrafricaine dépendent en effet du port de Douala pour leurs approvisionnements. Chaque kilomètre asphalté sur les corridors Douala-N’Djamena et Douala-Bangui réduit les coûts logistiques, optimise les délais de transport et renforce la prévisibilité pour les acteurs économiques. La qualité des routes influence directement les tarifs des opérateurs portuaires et des transporteurs, dont les marges sont souvent mises à mal par l’état des chaussées, surtout en saison des pluies.

Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie nationale de développement à l’horizon 2030, qui fait de la densification du réseau routier un levier essentiel pour l’industrialisation. Les régions productrices du Sud-Ouest, du Littoral et du Nord misent sur des liaisons performantes pour évacuer leurs productions vers les marchés locaux et les ports. Par ailleurs, la connectivité routière devient un critère clé pour attirer les investisseurs miniers et forestiers, qui évaluent la faisabilité de leurs projets en fonction des conditions d’évacuation des matières premières.

Financement, dette et défis de pérennité

Derrière ces kilomètres asphaltés se cache une équation complexe. Les financements mobilisés combinent des ressources nationales, des prêts concessionnels de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et de partenaires bilatéraux, ainsi que des fonds chinois via Eximbank China. Si cette diversité de sources permet de mobiliser rapidement des capitaux importants, elle alourdit aussi la dette publique et exige une gestion rigoureuse des finances pour préserver la stabilité économique.

La pérennité du rythme actuel dépendra de la capacité du gouvernement à honorer ses engagements envers les entreprises adjudicataires, certaines ayant déjà pointé des retards de paiement ces dernières années. Autre enjeu majeur : l’entretien des routes. Sans un financement pérenne du Fonds routier et une politique systématique de maintenance, les kilomètres asphaltés se dégradent en quelques années, annulant les bénéfices des investissements initiaux. Les autorités ont annoncé un renforcement des mécanismes de péage et de prélèvements affectés pour sécuriser les ressources dédiées à l’entretien.

Reste à savoir si le Cameroun parviendra à maintenir, voire à accélérer, ce rythme de 488 kilomètres par an, dans un contexte budgétaire tendu et alors que les besoins en infrastructures secondaires, notamment rurales, restent immenses.