Cameroun-BAD : l’intensification des engagements face au défi des décaissements

La collaboration entre la Banque africaine de développement (BAD) et le Cameroun connaît une augmentation significative des volumes financiers. Cependant, cette progression notable peine à se traduire par une consommation équivalente des fonds alloués. Depuis l’instauration du Document de Stratégie Pays (DSP) 2023-2028, l’institution panafricaine a validé huit nouvelles opérations destinées à Yaoundé, totalisant un montant de 833,8 milliards de FCFA. Ce chiffre représente 67,9 % de l’enveloppe indicative initiale, établie à 1 227,5 milliards de FCFA pour la période. Ces informations ont été communiquées le 17 juillet 2026 par la Banque, suite à la revue conjointe organisée trois jours plus tôt dans la capitale camerounaise.

L’accélération des engagements est indéniable. La BAD évalue désormais ses engagements globaux envers le Cameroun à 1 603,6 milliards de FCFA en 2026, contre 1 226,2 milliards au début du DSP. Cette augmentation représente 377,4 milliards de FCFA, soit près de 31 %. Parallèlement, la capacité annuelle du pays à accéder aux ressources du guichet souverain a bondi de 273,3 à 429,4 milliards de FCFA, une hausse de 57,1 %. Ces chiffres témoignent d’une confiance renouvelée de la part du bailleur multilatéral dans la capacité du Cameroun à gérer ses finances publiques et sa politique africaine de développement.

Un taux de décaissement stagnant à 26 %

Malgré l’ampleur des engagements, la transformation de ces fonds en dépenses concrètes rencontre des obstacles. Le portefeuille actif global, estimé à 1 629,2 milliards de FCFA lors de la revue conjointe du 14 juillet 2026, affiche un taux cumulé de décaissement de seulement 26 %. Ce pourcentage englobe à la fois les opérations antérieures au DSP et celles approuvées depuis 2023. Il ne signifie pas que seulement 26 % des 833,8 milliards récemment validés ont été mobilisés, mais il illustre plutôt une difficulté structurelle du pays à absorber les financements disponibles pour le développement de sa société africaine.

Les causes identifiées lors de la revue sont persistantes. On observe des retards dans la signature et l’entrée en vigueur des accords de financement, une programmation insuffisante des fonds de contrepartie par le Trésor public, et des délais dans la transmission des rapports d’audit au bailleur. Ces frictions entravent chaque étape, de l’approbation d’un projet à son exécution effective, incluant la satisfaction des conditions préalables, la passation des marchés, la mobilisation des entreprises et le versement des tranches.

Transports et énergie, piliers des financements

Une analyse sectorielle du portefeuille révèle une concentration marquée sur les infrastructures lourdes. Le secteur des transports capte 53,83 % des ressources mobilisées, suivi par l’énergie qui représente 22,32 %. L’agriculture pèse pour 10,8 % et le secteur social pour 9,19 %. Rapportées à la valeur totale du portefeuille actif, ces proportions représentent environ 877 milliards de FCFA pour les transports et 364 milliards pour l’énergie. Ces deux segments représentent à eux seuls plus des trois quarts de l’exposition financière de la Banque au Cameroun.

Le ministère de l’Économie met en lumière plusieurs réalisations concrètes issues de ce partenariat : la construction de plus de 570 kilomètres de routes, la centrale hydroélectrique de Nachtigal avec ses 420 MW de puissance installée, et la distribution de plus de 133 000 tonnes d’engrais et de semences améliorées. Les opérations actuellement en cours d’exécution devraient générer plus de 14 500 emplois directs, avec un accent particulier sur l’insertion des jeunes et des femmes. Ces projections demeurent toutefois tributaires du démarrage effectif des chantiers.

Baisse significative des projets en alerte rouge

Un indicateur positif est à noter. La proportion des projets classés en alerte rouge, c’est-à-dire ceux dont le calendrier ou les objectifs sont menacés, a diminué de 48 % fin février à 26 % à la mi-juillet 2026. Cette réduction de 22 points rapproche le portefeuille camerounais de l’objectif institutionnel de 25 % fixé par la BAD. Cette amélioration reflète les premiers effets du plan d’accélération adopté conjointement en février, qui comprend des contrats de performance, des revues sectorielles mensuelles et un traitement prioritaire des opérations signées mais sans décaissement depuis plus de quinze mois.

« Nous devons passer d’une logique de procédures à une culture de résultats », avait affirmé Léandre Bassolé, directeur général de la BAD pour l’Afrique centrale. À l’issue de la revue de juillet, le responsable a souligné l’importance du rôle du secteur privé dans la transformation économique du pays. Avec près de 68 % du programme indicatif déjà approuvé, la réussite de ce partenariat dépendra moins du volume des nouvelles annonces que de la rapidité d’exécution : il est crucial de réduire les délais administratifs, de sécuriser les contreparties nationales, de fluidifier la passation des marchés et de respecter les obligations d’audit. La seconde moitié du DSP se jouera principalement sur la livraison effective des infrastructures.