Burkina Faso : les attaques djihadistes font plus de 100 morts en dix jours
Depuis le début de l’année, l’est du Burkina Faso est en proie à des offensives sanglantes menées par des groupes armés affiliés à Al-Qaïda. En seulement dix jours, ces attaques ont causé la mort de plusieurs centaines de personnes, majoritairement des forces de sécurité. Pourtant, le gouvernement dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré reste silencieux face à cette crise humanitaire.
Le silence des autorités burkinabè est assourdissant. Ni les médias nationaux, ni les forces de défense et de sécurité (FDS), ni le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré – désormais chef de l’État depuis le coup d’État de septembre 2022 – n’ont réagi publiquement. Pourtant, les attaques djihadistes se multiplient dans le nord et surtout dans l’est du pays, où les pertes humaines parmi les FDS sont considérables. Ces événements contredisent le discours officiel sur une prétendue maîtrise de la situation sécuritaire, argument avancé par les militaires pour justifier leur prise de pouvoir.
Le 6 mars dernier, une nouvelle offensive particulièrement violente a frappé un camp de police des Unités mobiles d’intervention de Yamba, situé à 20 kilomètres au nord de Fada N’Gourma, dans la province du Gourma. Selon des sources locales citées par RFI, les assaillants, probablement affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, aussi appelé JNIM), auraient tué plusieurs dizaines de personnes, dont au moins une trentaine de policiers. Les attaquants, arrivés à moto, ont pillé le camp et emporté du matériel avant que les renforts ne puissent intervenir. Ironie du sort, ce même camp avait déjà été la cible d’une attaque il y a un an, jour pour jour.
Des dizaines de victimes, mais un bilan officiel toujours absent
Les chiffres avancés restent non officiels, mais le bilan est accablant : plusieurs dizaines de morts, dont une majorité de membres des forces de sécurité. Les témoignages locaux décrivent une attaque précise et coordonnée, menée par des groupes mobiles et bien armés. Malgré la répétition de ces attaques, le gouvernement burkinabè ne communique aucun bilan officiel, alimentant les suspicions sur sa capacité – ou sa volonté – à protéger la population.
Février 2024 s’est avéré comme l’un des mois les plus meurtriers de l’année. Selon les données compilées par West Africa Maps, un réseau d’observateurs de l’Afrique de l’Ouest, 38 attaques attribuées au JNIM ont été recensées, auxquelles s’ajoutent trois autres offensives menées par l’État islamique au grand Sahara (EIGS), actif dans le nord-est du pays, près des frontières avec le Mali et le Niger. Ces zones, riches en mines d’or et traversées par des axes commerciaux et de contrebande, sont devenues des théâtres de violences récurrentes.
Le 14 février a marqué un tournant tragique : deux raids simultanés ont visé une base des Unités combattantes des eaux et forêts ainsi que la caserne militaire de Titao, dans le nord du pays. Le bilan est catastrophique : 101 gardes forestiers et 186 Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP) ont perdu la vie. Pour Héni Nsaibia, analyste à l’ONG Acled spécialisée dans le suivi des conflits, ces attaques démontrent « un niveau de coordination élevé, avec une concentration exceptionnelle d’opérations d’envergure entre le 12 et le 22 février ».
Les VDP, milices créées par les autorités pour soutenir l’armée, paient le prix fort. Le 3 mars, le JNIM a revendiqué avoir tué 11 membres des VDP et saisi armes et équipements lors d’attaques contre trois positions dans la région de Ouahigouya. Parallèlement, le pouvoir militaire affiche une impuissance inquiétante face à cette escalade. Pire, des exactions sont commises par les VDP elles-mêmes, notamment contre la communauté peule, systématiquement suspectée de complicité avec les djihadistes. Dernier exemple en date : le 1er mars, plusieurs civils peuls ont été massacrés par des VDP dans la commune de Bittou.
Face à cette crise sécuritaire qui s’aggrave, le gouvernement burkinabè, dirigé par Ibrahim Traoré, semble incapable de proposer une réponse efficace. Le silence des autorités et la multiplication des victimes interrogent : jusqu’où ira l’escalade des violences au Burkina Faso ?