Bilan des infrastructures au Sénégal : des milliards bloqués et des solutions urgentes

Un audit détaillé des projets d’infrastructures en cours au Sénégal a mis en lumière 245 actifs et chantiers en suspens, dont certains accumulent des retards critiques.

Le Premier ministre Ousmane Sonko lors du conseil interministériel sur les infrastructures

des infrastructures à risque, des milliards en jeu

L’exploitation des données ministérielles a permis d’identifier 245 projets répartis en quatre catégories : infrastructures achevées mais non exploitées, actifs recyclables, chantiers en cours à finaliser et patrimoine foncier valorisable. Parmi ces projets, 94 sont encore en construction, dont 62 bloqués pour des raisons variées.

Le Premier ministre a souligné que « certains actifs dormants représentent un investissement gelé de 279 milliards de francs cfa », tandis que les projets en attente de financement nécessitent 973 milliards supplémentaires pour être achevés.

des causes multiples et des pertes colossales

Les blocages relèvent de plusieurs facteurs :

  • Financiers : 42 projets pénalisés par des retards de paiement ou un manque de crédits (37 projets concernés).
  • Juridiques : 14 projets paralysés par des litiges, des contrats annulés ou des conventions en attente de signature.
  • Techniques : 18 chantiers arrêtés en raison de défaillances de coordination entre les acteurs (maîtres d’ouvrage, opérateurs de réseaux).
  • Opérationnels : 13 infrastructures achevées sans modèle de gestion, parfois depuis des années.

Ces dysfonctionnements entraînent des retards de livraison, des équipements non installés et des bâtiments inutilisés, générant des « pertes énormes » selon Ousmane Sonko.

des actifs sous-exploités et un patrimoine à valoriser

Trente infrastructures achevées ne sont toujours pas mises en service, principalement en raison d’inadéquations entre les besoins réels et les réalisations. Par ailleurs, 23 actifs déjà opérationnels, répartis dans huit secteurs et gérés par 13 entités, pourraient faire l’objet d’une recyclage ou valorisation pour une valeur estimée à 1 065 milliards de francs cfa.

Côté patrimoine foncier, 97 biens de l’État sont concernés, dont 91 situés à Dakar. Leur rénovation coûterait 12,1 milliards, pour une valeur marchande globale de 132 milliards.

des mesures immédiates pour relancer les projets

Face à cette situation, le gouvernement a décidé :

  • La création d’un comité dédié à la Primature pour achever et finaliser l’inventaire des infrastructures.
  • Une demande de compléter l’inventaire, jugé encore incomplet par Ousmane Sonko.
  • L’anticipation des problèmes de raccordement (électricité, eau) dès la conception des projets.

Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de repenser l’exploitation des infrastructures dès leur conception, évitant ainsi des blocages futurs. Il a également pointé du doigt « la roublardise, la négligence et le laxisme » comme causes profondes des retards, plaidant pour une tolérance zéro à l’avenir.

des blocages prioritaires à résoudre

Quinze projets classés « haute priorité » en raison de leur impact financier ou de la nature critique des blocages doivent être traités en urgence. Leur résolution conditionne la reprise des financements et la relance économique.